ACTE PREMIER
THÉRÈSE
Tu ne t'en tireras jamais. Un mari n'est pas un amant.
FRANGINE
Pour moi, ça ne fait qu'un,
THÉRf:SE.
Bon pour commencer; mais, une fois mère, si tu n'es pas mère avant tout, tu es perdue. Sois avec [on Lucien comme je suis avec mon Alfred. Alfred me dit qu'il m'aime; il fait tout ce qu'il faut pour me le prouver. J'ai de beaux enfants bien sains, qu'il adore, à chacun desquels il aura gagné un million, que veux-tu que je demande de plus? Il me dit qu'il va à son bureau, qu'il va à son cercle, qu'il va voir ses amis, je le crois. Les hommes ont des façons de s'auiuser à eux qu'il faut accepter. Ils ont ce qu'ils croient des passions, ce qu'ils appellent des besoins, tout bonnement des habitudes. Ils hésitent assez à devenir des maris, pour que nous les ménagions quand ils s'y décident. Moi, je ne demande jamais au mien où il a été; il me raconte tout ce qu'il veut et je suis convaincue, ou tout au moins j'en ai l'air, qu'il ne me trompe pas. Les hommes, ma chère, c'est comme les cerfs-volants, plus on leur rend de corde, plus on les lient. Quand Alfred est par hasard de mauvaise liumeur, — c'est bien rare — je lui dis : « Vous vous ennuyez à la maison : allez dîner avec vos amis. Allez faire le joli cœur avec des dames quclcon(|ues ; ça vous distraira. Je resterai avec les enfants. » Il m'embrasse ; il y va ; il passe sa mauvaise humeur sur les autres ; il dit toutes les bêtises