‹ Francillon, pièce en trois actesChapitre 65 sur 97 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

peut plus. Elle a brûlé ses vaisseaux. Elle m'a fait une cerlaine menace, elle arrive et elle me dit : « Celte menace est exécutée. i> Quel est le complice? Un inconnu. Où estil ? Je u'en sais rien. Comment voulez-vous savoir la vérité? C'est insoluble. Supposons qu'elle dise tout à coup le contraire de ce qu'elle a dit tout d'abord, qui prouverait qu'elle dit vrai maintenant? Où retrouver l'inconnu en question?Et si, par miracle, on le retrouvait, comment le faire parler? et s'il disculpait la comtesse, comment le croire? Il ne ferait que son devoir le plus élémentaire de galant homme en gardant le secret et en garantissant l'honneur d'une femme dans une pareille circonstance.

THÉRÈSE

Quand je vous disais ([u'il ne faut pas lutter de ruse avec une femme! Francine n'a fait qu'une bouchée de toutes vos combinaisons.

STANISLAS

Bien joué, évidemment bien joué.

LUCIEN

Tu trouves ça bien joué, toi, je te remercie.

STANISLAS

Ne deviens pas aigre, ne deviens pas aigre, ce n'est pas île ma faute.

LUCIEN

Demandez à Henri, qui a entendu le commencement <le noire conversation entre la comtesse et moi, demandez-lui si elle avait l'air d'une personne qui joue un rôle.

96 FHAINCILLON.

HENRI

Évidemment, non; elle paraissait bien sincère; mais comme madame Smith, je réponds de madame de Riverolles.

LUCIEN, à Stanislas.

Et toi, qu'est-ce que tu penses?

STANISLAS

Montaigne eût dit : « Que s;iis-je! » et Rabelais : « Peutêtre... » Je ne peux pas croire, non plus, que madame de RiveroUesait fait ce qu'elle dit; mais je ne mettrai jauiais marnaiuau feu qu'une femme est innocente ou coupable. C'est un jeu où le diable lui-même jette ses cartes.

LUCIEN

Et Slan a raison. Si malii^ne que soit une femme, il y a des choses qu'elle ne saurait inventer, il y a des mois et des accents qu'elle ne trouve que dans le souvenir d'une réalité, surtout quand elle est une femme du monde... Pour être sortie seide, Francine est sortie seule, c'est positif; pour être allée au bal de l'Opéra, elle est allée au bal de l'Opéra, c'est certain ; pour avoir soupe à laMiiisou-d'Or avec uu homme que nous ne connaissousni les uns ni les autres, pas même elle, peut-être, elle y a soupe. Quand je lui ai demandé de me le jurer sur l'honneur, elle me l'a juré sur l'honueur et si nettement que j'ai vu tout rouge et que j'ai cru que j'allais la tuer. Tout ce que m'a dit la comtesse est donc aussi ceriaiii que précis; elle veut que je le croie; eh bien, je le crois et je m'en tiens là.

LE MARQUIS

Et alors?

Page 1