‹ Francillon, pièce en trois actesChapitre 80 sur 97 · ACTE TROISIÈME. li · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME. li

suivre mon conseil, tire à pile ou face ce que tu dois faire ; tu auras au moins une chance sur deux de prendre le bon parti. Quand nous ne savons plus nous conduire, demandons au hasard de nous mener. Pour moi, je ne suis plus bien sûr, depuis quelque temps, que la terre ne tourne pas à l'envers et (|ue nous n'avons pas tous les pieds en l'air et la tète en bas. Il y a des moments, quand je l'eviens du cercle, la nuit surtout, où je me demande d'abord pourquoi j'y suis allé, et ensuite pourquoi j'en reviens, pourquoi au lieu de rentrer chez moi, dans ma peluche bleue et mes faux objets d'art, je ne vais pas jusriu'au pont faire un plongeon dans la Seine. C'est là que j'aurais la lèle en bas et les pieds en l'air; mais au moins ce serait pour la dernière fois. Cela vaudrait toujours mieux que d'épouser comme toi une honnête fille, pour la trahir et l'amener au désespoir ou à l'avilissement, ou de ne pas avoir d'autre idéal dans la vie comme Carillac que d'apporter à une coquine, sur un plat d'or, sa fortune, son honneur et son nom. Peut-être faut-il l'envier? Il croit encore à quelque chose. Il croit qu'elle se repent et il croit qu'il aime. Peut-être finirai-je plus mal que lui. Rions donc, mon vieux. Hélas! nous ne pourrons bieniùt plus rire, et nous ne saurons pas

pleurer. Triste! triste!... (voyant Annettc et le marquis entror dons la serre en causant.) TicUS, Voilà ta SŒUr ; Voilà la JOU-

nesse; voilà le printemps; voilà la vérité !

LUCIP]N.

Pourquoi n'as-tu jamais eu l'idée d'épouser Annette?

STANISLAS

Parce qu'elle n'aurait jamais eu l'iilée de m'épouser, elle, et qu'elle aurait eu bien raison de ne pas avoir cette idée. Sais-tu de quoi elle cause avec ton père?

LUCIEN

Comment veux-tu que je le sache?

STANISLAS

Ne le lui demande pas, elle ne t'en dirait rien. Décidément, tu n'es pas un grand observateur. Embrasse-la, ça t'apprendra peut-être quelque chose.

Stanislas va à Annette qui vient au-devant de lui. LUCIEN, l'embrassant.

Tu vas bien, petite sœur?

ANNETTE

Mais oui, très bien.

STANISLAS

Bonjour, Mademoiselle !

Elle lui tend la main.

ANNETTE

Bonjour, Monsieur !

STANISLAS

Soyez tranquille. Mademoiselle, nous nous relirons, puisque nous ne pouvons être qu'inconvenants ou ennuyeux, ce qui est vrai... (a Lucien.) Viens fumer un cigare en attendant ton notaire, quoique ils soient bien mauvais, tes cigares. 11 n'y a même plus de bons cigares.

Il sort.

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