SCÈNE II
LE MARQUIS, ANNETTË, puis HENRI DE SYMEUX et FRANGINE.
LE MARQUIS
Alors, tu as bien réfléchi ?
Oui. J'étais toute troublée, parce que Franciiie m'a dit tout à coup et tout haut, ce matin, devant M. de Symeux : « N'épouse pas plus celui-là que les autres. Tous les hommes sont menteurs et lâches ! » J'ai cru qu'elle perdait la raison. Voyez-vous ma figure, mon cher papa, devant M. de Symeux, apprenant de cette façon mes dispositions à son égard, que je ne lui avais jamais laissé soupçonner en rien, je vous prie de le croire. Je ne savais quelle contenance prendre. Pendant notre promenade, j'ai demandé à Francine de s'expliquer et ça a été tout le contraire. Elle n'a pas tari d'éloges sur le compte de M. Henri. Elle avait du chagrin ce matin, c'était visible; ça lui arrive quelquefois maintenant, et c'est une des choses qui me cenlirment dans le projet dont je vous fais part; car ces chagrins-là, je voudrais bien ne pas les avoir un jour, bien que je ne les mérite pas plus (ju'elle.
120 l'RANGLLLON.
LE MARQUIS
M. de Symcux a quaraiile ans.
AXNETTK.
Qtiarante-deux; mais l'âge, qu'est-ce que ça fait! Ce n'esl pas là qu'esl la dilTéreace; elle est dans les goûts et dans les caractères. Si j'ai les mêmes goùls que M. de Symeux, je suis aussi vieille que lui; si nous avons le même caractère, il est aussi jeune que moi. Vingt ans ! Qu'est-ce que c'est que ça? Je l'aurai bien vite rattrapé ! Il est dans la nature qu'il meure longtemps avant moi et me laisse seule : voilà ce qu'on peut me dire. La preuve? Vous êtes encore là, mon cher père, heureusement, et maman est morte! Oui, j'ai bien réfléchi, j'ai bien comparé, je ne vois que lui. Tous les jeunes gens que je connais me paraissent encore plus vieux. Mon frère est un beau garçon, il est jeune, je l'aime bien, je ne l'épouserais pas; vous, je vous épouserais.
Ah ! les sacrées femmes, il n'y eu a pas une qui ressemble à une autre.
AXNETTE.
Qu'est-ce que vous dites, papa ?
LE MARQUIS
Ilien.
Je ne vous fais pas de peine?