‹ Francisco de GoyaChapitre 11 sur 15 · MAISON D'ALIÉNÉS IRRENHAUS INSANE ASYLUM · texte numérisé non relu

MAISON D'ALIÉNÉS IRRENHAUS INSANE ASYLUM

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de vrais portraits, ce n'est après tout qu'une oeuvre s'appuyant sur la tradition de l'ancienne peinture. Pour ce qui me concerne, je n'ai jamais pu rencontrer la moindre trace de cette frivolité et de cette exubérance qui s'écartent soi-disant du cadre religieux et qu'Yriarte ainsi que Muther veulent avoir constatées,

La deuxième période artistique de Goya coïncide avec l'obtention des commandes de l'Etat qu'il doit à la recommandation de Raphaël Mengs, dont ses tableaux religieux lui avaient attiré les bonnes grâces. C'est la période du violent coloris, de l'expression de la personnalité qui, plus que toute autre chose, caractérise son portrait dans l'histoire de l'Art. Ses œuvres religieuses n'ont pas cessé d'être fades, comme tout ce qu'il avait fait en ce genre auparavant. Cette période embrasse ses scènes de la vie populaire et ses meilleurs portraits, œuvres pleines d'une vie ardente, où il a donné l'essence même de sa personnalité. Goya avait enfin trouvé le domaine qui lui convenait et en même temps la possibilité d'y travailler avec les coudées franches. Lui-même se désignait comme l'élève de la nature, de Rembrandt et de Velasquez, Ce qui s'explique par le fait que, jouissant d'une liberté plus grande, il fut le premier à introduire de nouveau dans la peinture espagnole les problèmes de l'air et de la lumière, à créer la vie de sa toile au moyen de ces éléments par un procédé oubHé depuis Rembrandt, et qui au point de vue de la pure peinture mène Goya au-delà de Velasquez. Ses nombreuses représentations de la vie populaire espagnole, de ce peuple du même sang que le sien, ne sont qu'air et lumière vus en couleurs. Il peint son peuple au travail, en plein air, à la Corrida, en pleine lutte, devant le tribunal de l'Inquisition;

il nous montre sa misère et ses joies, ses haines et ses affections, avec une assimilation de l'individualité de ce peuple unique dans l'histoire de l'Art, et dont on ne trouve de rares exemples que dans l'ancienne peinture hollandaise. De toute son âme il prend part à tous ces événements; le Goya de la deuxième période tire ses créations des manifestations d'un peuple dont le pouls bat à l'unisson du sien. Les premières commandes de ce genre qu'il avait à exécuter pour la Tapisserie Royale de Madrid furent des scènes de plein-air à la façon de la peinture galante de France. Dans ces ouvrages, le côté paysage prédomine encore, peirceque le peintre s'attaque avec quelque peu de gaucherie à la composition des personnages. La ligne est encore très fortement accentuée, mais à côté du bleu préféré jusque là se montre déjà ce gris tendre que nous aimons tant chez Goya; on constate un agrandissement de l'effet de la lumière que l'on n'a pas l'habitude de trouver dans ces sujets. Cependant, au fur et à mesure que Goya avance dans ces travaux, le personnage refoule le paysage, la composition gagne en liberté, se dégage de la tradition, le gris remplace le bleu, de même que la couleur refoule la ligne, jusqu'à ce qu'enfin les scènes populaires les plus mûries de Goya se présentent tout en couleurs, en couleurs innombrables, telles que l'œil le plus sensitif les perçoit dans la nature. Grâce à la prédominance de la couleur, la vie des tableaux gagne de plus en plus en intensité. Ce n'est plus que le mouvement d'un torrent impétueux, la proclamation triomphante de la vie telle que la conçoit et la fixe une fois pour toutes un infaillible instinct. Et ici, dans cette période la plus vivante du Maître, où chacune de ses œuvres respire la vie même, on peut se faire

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