DIE „MENINAS" NACH VELAZQUEZ
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Il faut attacher plus de vraisemblance à une autre version, d'après laquelle c'est le seigneur du village, un comte Fuentes, qui, informé des dispositions artistiques de ce gamin de 12 ans, le retira de la maison paternelle. La cause directe de cet intérêt fut, dit-on, une peinture exécutée dans l'église et dont Goya lui-même ne tira guère vanité plus tard. „Lo digais, que eso lo he pintado yo", voilà ce qu'il en pensait, Cette version me paraît aussi plus croyable que celle de l'ami Zapater, qui ne se montre pas toujours à l'abri de tout reproche, et qui rapporte que ce sont les parents eux-mêmes qui, frappés de ses remarquables facilités, auraient envoyé leur fils en apprentissage à Madrid. Leur situation plus que modeste ne leur aurait pas permis de tenter par euxmêmes un essai tellement aléatoire et si coûteux pour l'époque.
Quoi qu'il en soit, nous trouvons Goya occupé aux environs de 1760 à l'atelier de D. José Luzon y Martinez, à Saragosse. Martinez était une des gloires locales les plus estimées de cette ville, au fond rien de plus qu'un habile copiste des chefs-d'œuvre italiens auxquels il avait emprunté une certaine manière qu'il avait su développer en virtuose. En sa qualité de peintre indépendant sans signification marquée, il devait, précisément à cause de cette facilité, devenir un maître émérite, et ce fut un heureux accident dans la vie de Goya, de pouvoir passer auprès de lui ses premières années d'apprentissage. C'est dans cet atelier qu'il fit connaissance avec les trois Bayeu sous l'influence tantôt heureuse, tantôt néfaste, desquels s'écoula plus tard la période la plus vigoureuse de son existence. C'est à Saragosse également qu'il se lia de la plus étroite amitié avec D. Martin Zapater y Claveria, auquel nous
devons de précieux renseignements biographiques sur Goya et qui donna jusqu'à sa mort les preuves les plus touchantes de son attachement à l'artiste. La correspondance des deux amis qui s'étend de 1775 à 1801 constitue l'un des plus admirables documents humains dans l'histoire de l'Art.
Et en dépit de toutes les vagues insinuations, en dépit des élucubrations des feuilletonistes, elle témoigne également de la pureté et de la noblesse de la foi religieuse du Maître. Goya n'a jamais combattu que les abus de l'Eglise, mais au grand jamais la religion qui resta toujours à ses yeux quelquechose de sacré. La plupart de ses lettres portent comme entête le Signe de la Croix. Pas la moindre trace de cette ironie que certains biographes voudraient bien lui prêter; jamais un mot blasphématoire. Une belle âme, sur laquelle tous les écarts d'une jeunesse ardente n'ont pas réussi à laisser la moindre souillure, se confie dans ces lettres à un ami véritable, à l'existence duquel il s'intéresse passionnément. La lecture de ces documents nous donne la certitude que les écarts de Goya dans la vie, dans l'art, n'étaient que des effets de la maladie de son âme. Le corps, lui aussi, n'éprouve-t-il donc pas le besoin de se débarrasser des humeurs nuisibles engendrées par la maladie? Nous ne connaissons pas le génie qui n'ait eu à soutenir des luttes de ce genre.
Sans le moindre doute, Goya, dans sa jeunesse, a donné libre cours à ses passions et entre la rue avec son va et vient pittoresque et l'atelier avec ses copies de gravures, il n'a pas dissimulé ses préférences. Robuste rejeton d'une souche de paysans, animé de tous les désirs méridionaux, prêt à toutes les folies, il ne se sentait jamais
plus à l'aise que la rapière à la main ou les lèvres collées à des lèvres féminines. Ce n'est pas sans raison que les éléments sauvages représentés dans ses œuvres sont imprégnés du sang vigoureux et sain de la réalité. Et nous comprenons qu'il fût plus sensible aux acclamations de la foule à l'occasion de ses triomphes dans l'arène qu'aux plus chaleureux éloges que pouvait lui valoir à l'atelier une copie bien réussie de la part de son maître. Et cet homme taillé en hercule était en même temps un doux joueur de luth qui resta sa vie durant ardemment recherché par les femmes. Toutes les personnalités vraiment créatrices ont toujours en soi un démon familier de ce genre. Que l'on se souvienne de Goethe! Mais que d'effroyables souffrances endurées par Goya du fait de ce démon! Ses œuvres nous en apportent de nombreux témoignages. Et ce fut un événement passionnel qui éloigna Goya de Saragosse. Dans une rixe nocturne trois hommes restèrent sur le carreau, et il n'eut que tout juste le temps de disparaître.
C'est de la sorte que Goya arriva en 1764 à Madrid, oii un an avant lui, en 1763, s'étaient installés les Bayeu. Vers les 1761 brillait à l'horizon l'étoile de Raphaël Mengs qui, attiré à la Cour par Charles IV, régnait en souverain maître dans le domaine de l'art. Malgré son talent considérable, il ne réussit qu'à introduire en Espagne l'aride formalisme. Le classicisme commençait à prendre le pas sur les classiques. Le règne de Mengs dura de 1774 à 1779. C'est Francisco Bayeu, l'ami de Goya, qui fut son élève le plus dévoué, son imitateur le plus servile. De là, l'influence considérable de ce jeune peintre, influence grâce à laquelle Goya pouvait espérer obtenir accès dans les cercles dirigeants. Où et quand il atteignit son but, nous l'ignorons, tout autant que tout ce qui concerne ce premier séjour à Madrid,
Mais tout nous porte à croire que Goya se sentit repoussé par Mengs et attiré par son rival bien moins goûté, mais infiniment mieux doué, Tiepolo, qui vivait également à la Cour d'Espagne depuis 1762 et a, sans le moindre doute, exercé une profonde influence sur notre artiste. Mais Madrid aussi ne tarda pas à devenir dangereuse pour cet ardent et joyeux jeune homme. Par ses aventures galantes il se rendit suspect à la police, et le voilà obligé de se sauver fictivement en Italie. On dit qu'il se procura les frais de voyage l'épée à la main, dans Tarène.
Vers 1769, nous le retrouvons à Rome où en dépit de ses mésaventures il reprend son ancien genre de vie. Il s'occupe des Antiques comme un poisson d'une pomme mais, par contre, il s'attache avec passion à la libre nature environnante. De ses yeux curieux et grandouverts il en absorbe tout le pittoresque. Que de fois ses compagnons d'études indignés le rencontrent au milieu des lazzaroni, et il n'étcdt pas rare de le voir régler le couteau à la main un différend avec quelque Italien jaloux, au sang aussi ardent que le sien. Il n'avait d'aucune façon renoncé à ses aventures amoureuses; au contraire; et un jour qu'il s'était introduit dans un couvent de femmes, ce ne fut qu'à grand-peine qu'il échappa à la potence.
Enfin il jugea le moment venu de retourner dans sa patrie et pour s'y rendre, il choisit la route de Parme. Le résultat de son séjour en Italie semble être d'avoir fait de Goya le peintre de la vie populaire. En 1771, il obtient à Saragosse sa première commande d'importance. Il s'agit d'orner de fresques le petit chœur de la chapelle de Notre-Dame del Pilar. A la fin du mois de mai de cette année, l'artiste a fini sa tâche. De 1772 à 1774 il exécute dans