‹ Francisco de GoyaChapitre 7 sur 15 · O PO · texte numérisé non relu

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lui-même l'Espagne aux pieds de Napoléon par le traité de Saint- Ildefonse. Les membres les plus raisonnables du gouvernement adhérèrent sans conditions au régime du roi Joseph, frère de Napoléon. Ils voyaient dans la domination française le salut de la patrie; Goya fut de ce nombre.

Ce n'est pas qu'il eût agi ainsi de gaîté de cœur. Il ne pouvait, non plus, comme le croit Muther, partager la conviction des perspicaces politiciens transfuges. Car il était patriote jusque dans les moelles et avait la haine du Français dans le sang, en fanatique Espagnol qu'il était et qu'il est toujours resté. Et à cette haine il a posé un effrayant et impérissable monument dans ses toiles de l'époque de l'occupation, ainsi que dans son grandiose cycle de gravures „les Désastres de la Guerre". Mais il était déjà trop âgé pour prendre les armes lui-même contre l'envahisseur et c'est ainsi qu'il finit par accepter l'inévitable.

Quand, le 10 août 1812, s'écroula la puissance française et que Ferdinand, le fils de Charles IV, monta sur le trône, Goya, sans plus de façons, se rangea de nouveau à son parti. Sans doute, le jeune roi et le Maître divisés par des différends politiques antérieurs ne se portaient pas une affection exagérée; mais comme Ferdinand ne pouvait se dispenser de faire figurer à la cour le plus grand peintre de l'Espagne, il fut bien obligé de l'y garder. Cependant Goya se trouvait dès lors complètement seul et ne se sentait pas du tout à l'aise sous le nouveau gouvernement, pas plus qu'au sein de la nouvelle génération. Aussi, se créa-t-il loin de la ville un étrange intérieur dans une maison de campagne isolée, baptisée „la Quina del Sordo" par le populaire. Il accumula dans cette

maison les plus infernales conceptions qui aient jamais hanté le cerveau d'un artiste. Avec une technique effrénée, d'un talent incroyable qui force l'admiration, ce génie privé de l'ouïe „flanquait" sur les murs tous les fantômes de son imagination. Bien des sujets rappellent les „Caprichos'* ; seulement, c'est encore bien plus effroyable. Aujourd'hui, ces peintures enlevées avec soin se trouvent au Pardo.

En 1819, Goya tomba malade et ce n'est qu'à grand-peine qu'il échappa à la mort. Mais il ne se rétablit jamais complètement. Autant par égard pour son état de santé que pour se soustraire au châtiment qui menaçait la liberté de penser du vieux Maître dans cette Espagne réduite au plus abject esclavage par son nouveau roi, il partit en congé le 30 mai 1824 pour la France, pour y prendre les eaux minérales de Plombières. Enfin, il s'installa à Bordeaux. A partir de ce moment il ne retourna plus qu'une fois en Espagne, pour un laps de temps très court, dans l'intention de solliciter le renouvellement de son congé. Puis, il passa le soir de sa vie à Bordeaux, entouré de parents affectueux, d'amis qui le vénèrent, toujours occupé, toujours infatigable. Le 16 avril 1828, un coup d'apoplexie vint terrasser le vieillard maladif au milieu des siens. Les restes mortels de Goya reposent au cimetière de la Grande-Chartreuse.

Mais notre temps assiste maintenant à une grandiose résurrection de son génie!

Dans l'excellent ouvrage que lui a consacré Valérien de Loga, nous trouvons une nomenclature des toiles de Goya comprenant 607 numéros. Ma propre nomenclature s'étend pour le moment à 50 numéros de plus; cependant, il ne faut pas perdre de vue

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