‹ Francisco de GoyaChapitre 8 sur 15 · TAUREAU ATTAQUÉ PAR DES CHIENS BULL ATTACKED BY DOGS · texte numérisé non relu

TAUREAU ATTAQUÉ PAR DES CHIENS BULL ATTACKED BY DOGS

STIER VON HUNDEN ANGEFALLEN

que nombre de tableaux de Goya ont disparu de la circulation et que probablement une grande partie de sa production a été détruite. Nous connaissons de lui, en outre, près de 500 dessins et études, environ 250 estampes et 15 lithographies. Quand nous jetons un coup d'œil sur l'ensemble, sachant qu'il n'eut ni aide, ni élève, comme Rubens, on sent que l'on se trouve en présence d'une puissance de production unique dans l'histoire de l'Art. Cette surabondance de créations suffit aussi à expliquer la grande inégalité des différentes œuvres. Un génie de tout premier ordre seul a pu produire des toiles si admirables, mais seul aussi un génie de tout premier ordre a pu produire une masse de banalités, telle que nous la trouvons dans l'œuvre de Goya, A notre avis, il n'y a pas un peuple dont l'histoire artistique puisse citer un artiste aussi isolé que l'est Goya dans l'histoire espagnole. Son apparition est soudaine, sans aucune prépciration. Rien ne le rattache à ses contemporains; il n'a que du mépris pour le classicisme qu'à cette époque un Raphaël Mengs se permettait de préférer au Raphaël d'Urbino. Il n'a dans le fond de son âme que de la répugnance pour la soi-disant beauté et la noblesse dans la peinture. En lui, dans toute l'histoire de l'art en Espagne, nous voyons le premier original de grand style depuis Velasquez, un être passionnément indépendant sous tous les rapports, possédé de la haine des chemins battus, se taillant avec effort et ténacité sa route à travers les régions inexplorées de l'art, une personnalité d'une puissance souveraine, l'Espagne elle-même incarnée dans l'Art.

Le jeune peintre est sous l'influence d'une fiévreuse intuition. Je n'hésite pas à proclamer qu'avec le Corrège et Honoré Daumier

il est le seul d'entre les grands peintres qui considère vraiment le monde comme une couleur. Pour lui, le corps n'existe pas comme tel, mais bien comme une matière mystérieuse produite par l'action réciproque de l'air et de la lumière. Le monde à ses yeux n'est qu'un kaléidoscope. Goya, dans sa grandiose exclusivité, voit tout en couleurs, construit tout en couleurs. Pour lui, la couleur est tout; il vit en elle, il rêve d'elle. Bouillant d'impatience lorsque le pinceau trop lent ne veut pas suivre le mouvement, il jette la palette de côté, et travaille avec son poing, avec n'importe quel couteau à portée de sa main. Un despote artistique, pour qui la solution des plus sublimes problèmes de l'humanité se trouve dans les combinaisons de l'air et de la lumière. C'est de ces combinaisons qu'il se sert pour créer la vie et le mouvement. Pour leur donner corps, pour trouver son style, il se fait une technique à lui propre dans toute l'acception du mot une technique réellement inimitable. Manet a bien tenté de la copier; ce ne fut, au jugement de la postérité, qu'une tentative habile que le succès ne couronna qu'à demi.

Est-il besoin de dire que Goya possédait en souverain maître tous les secrets de la technique de son art? Est-il besoin d'affirmer qu'il n'admettait pas d'obstacle matériel qui pût arrêter l'essor de son talent?

Il a peint à la fresque et à l'huile. Lorsqu'il commence une oeuvre, il se livre à une débauche de couleurs que dans son ardeur il étale les unes à côté des autres, sans transition. Il semble presque chercher quelquechose dans ce procédé. Il paraît vouloir produire des effets que l'art de son temps repousse avec horreur comme

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