CHAPITRE XIII
Les îles Bcrmudes ont un genre de beauté qui leur est si particulier, qu'on pourrait les prendre pour le séjour des fées. C'est un groupe de rochers élevés par les zoophytes qui forment
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le corail. On dit que le nombre de ces îles est égal à celui des jours de l'année. Elles sont couvertes d'un beau tapis de verdure, de cèdres, et de maisons peintes en blanc et peu élevées qui produisent un effet très-agréable. Les havres y sont nombreux , mais l'eau en est basse, et quoiqu'il s'y trouve plusieurs passes, il n'y en a qu'une qui puisse conduire de grands navires au principal ancrage.
Dans toutes les parties de ces îles on trouve de nombreuses cavernes dont les plafonds sont ornés de brillantes stalactites, formées par l'eau qui en coule goutte à goutte. Elles contiennent des sources d'une fraîcheur délicieuse, soit qu'on veuille s'y desaltérer ou s'y baigner. Les matelots se sont mis dans l'idée que ces îles sont flottantes, et que la croule qui les compose est si mince, qu'on pourrait la percer sans de bien grands efforts. Un matelot, ayant été enfermé dans un corps-de-garde, pour s'être mal conduit étant ivre, frappa le plancher de toutes ses forces , et cria à ceux qui le gardaient : — Laissez-moi sortir, ou, mille diables! je crèverai votre cale et je vous ferai couler à fond, vous et votre île. On y trouve partout des rescifs et des écueils, et surtout au
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nord et à l'ouest. Mais les pilotes du pays les connaissent parfaitement, et c'est une sauvegarde contre une surprise nocturne ou une invasion.
La mer y fournit une multitude de poissons, magnifiques à la vue et délicieux au goût. Quand, par un beau jour et un temps calme, vous glissez sur voire barque entre ces îles charmantes, vous voguez au-dessus d'un jardin sous-marin , dans lequel vous voyez des groupes d'arbres, des arbustes, des fleurs et des allées sablées, dans une confusion qui n'est pas
sans régulante.
J'étais presque toujours sur mer, et suivant mon usage, je ne trouvais d'amusement qu'à ce qui était accompagné de dangers. Je trouvai d'amples moyens de satisfaire ce penchant dans la pêche de la baleine, dont la saison arrivait précisément. La férocité de ces cétacés semble augmenter sous ces latitudes méridionales, soit par suite de la chaleur du climat , soit parce qu'elles ont aloi\s leurs petits. Cette pêche paraît donc plus dangereuse dans ces parages que dans les mers polaires.
D'après ce que j'ai pu apprendre de l'histoire naturelle de la baleine, il paraît qu'elle a rare-
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ment plus d'un petit à la fois. Elle met bas dans les régions du nord, après quoi la mère cherche un climat plus favorable pour son baleineau. Les baleines arrivent ordinairement aux Bermudes vers la mi-mars. Elles n'y restent que quelques semaines, après quoi elles se dirigent vers les iles des Indes-Occidentales, continuent leur course vers le sud , doublent le cap de Horn, et retournent dans les mers polaires par les îles Aleutiennes et le détroit de Behring, où elles arrivent l'été suivant. Le baleineau, ayant grandi et acquis des forces sous les latitudes méridionales, est alors en état de se défendre contre ses ennemis, et la mère y retrouve le mâle. D'après mon expérience et les renseignemens que j'ai pu obtenir, je suis à peu près certain que telles sont les constantes migrations de ces animaux.
La « sollicitude maternelle » de la baleine rend cette pêche dangereuse dans cette saison de l'année, et donne lieu à de sérieux accidens. Je fus une fois cur le point de perdre la vie pour avoir voulu satisfaire ma curiosité. Je m'étais mis sur un bâtiment baleinier conduit par des hommes de couleur nés dans ces îles, et aussi audacieux qu'expérimentés dans cette pêche.
Nous vîmes une baleine et son baleineau nageant autour de quelques rocbcrs de corail , et le soin que la mère prenait de son petit avait quelque chose de touchant. Elle cherchait évidemment à l'éloigner des canots, nageait autour de lui , et le prenant quelquefois entre ses nageoires, elle roulait avec lui dans les vagues. Nous parvînmes à les placer entre la terre et nous, et par ce moyen nous les poussâmes entre les rochers dans une eau plus basse. Enfin nous arrivâmes si près du baleineau que notre harponneur prit son harpon pour le lui lancer,
sachant que s'il le blessait une fois, la mère était à nous, car jamais elle n'abandonne son petit. Le harpon, lancé avec force, s'enfonça profondément entre ses côtes, l'animal s'enfuit rapidement, et nous laissâmes filer une centaine de brasses de corde. Mais un baleineau blessé ne fait jamais une longue résistance, et nous le vîmes bientôt tourner sur le dos et flotter mort sur la surface de la mer. La malheureuse mère, avec un instinct toujours plus fort que la raison, ne le quitta point un seul instant.
Nous nous approchâmes du baleineau à l'instant où un harpon , parti d'une autre embarcation, blessait fa mère à son tour. La queue
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de l'animal furieux tomba avec une telle force sur notre canot qu'elle le coupa en deux , tua deux hommes, et les autres, précipités dans la mer, n'eurent d'autre parti à prendre que de chercher à sauver leur vie en nageant. La baleine poursuivit la troisième embarcation , mais la corde attachée au harpon lancé de la seconde, la retenait, quoiqu'elle l'entraînât à raison de dix à onze milles par heure. Si elle eût été dans une eau profonde , elle aurait plongé le canot dans les abîmes de l'océan, ou il aurait fallu couper la corde.
Les deux autres embarcations étaient tellement occupées, qu'elles ne purent venir sur-lechamp à notre secours, et nous fûmes abandonnés à nos propres ressources plus long-temps que je ne le trouvais agréable. Je me dirigeais vers le baleineau flottant, dans le dessein de m'en servir comme d'un vaisseau, quand un des hommes qui étaient comme moi à la nage, me cria : — N'en approchez pas ! vous y trouveriez une foule de requins. 11 ajouta pour ma consolation : — Il est vrai qu'ils attaquent rarement un homme, quand ils trouvent autre chose à mordre. Cela était fort possible, mais j'avoue que je fus très-charmé de voir arriver
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le troisième canot, et bientôt la baleine, épuisée par la perte de son sang, se rapprocha de son baleineau, et mourut à son côté.
J'eus tout lieu de remercier le Bermudien de l'avis qu'il m'avait donné, car en arrivant près du baleineau, nous le trouvâmes entouré d'une trentaine de requins, qui commençaient à s'en repaître. Nous le touâmes avec sa mèi e vers le rivage jusqu'à ce qu'il n'y eut plus assez d'eau pour les soutenir. Alors on en coupa la graisse, et la chair fut abandonnée aux nègres, qui arrivèrent bientôt en foule. Les requins nous avaient accompagnés, mais un fait remarquable, c'est que, quoique les nègres se trouvassent souvent entr'eux et la baleine, ils n'en attaquèrent pas un seul. Ces monstres, — les plus féroces de tout l'océan, — semblaient avoir fait une trêve avec la race humaine pour ne s'occuper que d'une autre proie.
Je trouvai qu'il n'y avait pour moi ni honneur ni profit dans cette occupation , et ce fut la seule fois que j'allai à la pêche de la baleine. Halifax était ma destination , et ayant trouvé un schooner qui s'y rendait, je pris mon passage. C'était un de ces navires construits pendant la guerre, à l'imitation des barques de pilote de la Viigi-
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nie; mais comme la plupart de nos imitations, il ressemblait à l'original à peu près comme une vache ressemble à un lièvre, et cette comparaison ne serait pas moins juste sous le rapport de la vélocité. Comme si Ton eût voulu que ces bâtimens fussent à tous égards la honte du pavillon anglais, on en donnait le commandement à des officiers dont la conduite était telle, qu'aucun capitaine ne voulait qu'ils servissent sous ses ordres Ils devenaient ainsi leurs maîtres, et presque tous étaient constamment ivres. Tel fut l'état du lieutenant qui commandait le schooner, depuis le moment de notre départ des îles Bermudes jusqu'à notre arrivée à Halifax. Son second suivait son exemple, les trois midshipmen en faisaient autant , et si les vingt- cinq hommes qui composaient l'équipage montraient plus de sobriété, c'est parce qu'on les restreignait rigoureusement à leurs rations.
Heureusement l'ivrognerie n'était pas du nombre de mes vices. Je pouvais m'échauffer la tête et avoir une pointe de gaîté quand j'étais en compagnie, mais je n'allais jamais jusqu'à m'enivrer. A mesure que j'avançais en âge, ma fierté et mon jugement firent que je veillais en-
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oote davantage sur moi-même. J'aperçus l'immense avantage qu'un homme sobre a sur un ivrogne, et je ne manquai pas d'enprofiter.
Restant constamment sur le pont du schooner presque nuit et jour, je pris sur moi de le gouverner et de donner tous les ordres, sans daigner même consulter le lieutenant qui était presque toujours ivre dans sa cabine. Nous vîmes dans la soirée le phare de Sambro, qui est à l'entrée du havre de Halifax , et un des midshipmen, qui par hasard n'était qu'à demiivre, me dit qu'il connaissait parfaitement le port, et m'offrit de remplir les fonctions de pilote. Comme je n'y avais jamais éé, je ne pouvais m'en charger; j'acceptai donc son offre, mais doutant de son habileté, je surveillai ses opérations avec quelque inquiétude.
Je n'étais pas inquiet sans raison, carxtu bout d'une demi-heure, nous échouâmes sur les côtes de l'île de Cornwallis, et les vagues passèrent sur le pont. Cet accident dégrisa le lieutenant et ses officiers, et la marée s'étant retirée, le schooner se trouva à sec et tomba sur le côté. Des barques arrivèrent , et j'en pris une, qui me conduisit avec mon bagage à bord du vaisseau amiral. Après deux jours de tra-
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vail, on releva le schooner, et on le fit entrer dans le port. L'amiral fat instruit de toute l'affaire, et un capitaine lui conseilla de traduire le lieutenant devant une cour martiale, ou du moins de le renvoyer du service. Malheureusement il ne voulut pas suivre cet avis, et il ordonna au lieutenant de se remettre en mer avec des dépêches. Quand le schooner mit à la voile, chacun savait qu'il n'y avait pas dans tout l'équipage un seul homme qui ne fût ivre. Il toucha au rescif de rochers appelés les Sœurs, coula à fond à l'instant même, et personne ne fut sauvé du naufrage.
La frégate que je devais joindre, arriva à Halifax deux ou trois jours après moi. J'en fus fâché , car je m'y trouvais hien , et j'avais des lettres de recommandation pour les meilleures familles de cette ville. On sait de quelle manière l'hospitalité y est exercée , et la société de jeunes dames aimahles et vertueuses tendait à adoucir et à polir les manières brusques que j'avais contractées dans ma profession. J'aurais volontiers passé plus long temps dans leur société, mais il fallait obéir au destin ou à la fortune, et me rendant à bord de la frégate, je me présentai au lord qui la commandait.
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Je m'attendais à trouver en lui un jeune efféminé, aimant trop ses aises pour avoir appris son métier. Je me trompais complètement. Lord Edouard était marin jusqu'au bout des ongles. Il connaissait toutes les parties d'un navire depuis la proue jusqu'à la poupe. Il avait étudié le caractère des marins, et il savait gagner leur confiance. Il était en état démettre la main à tout, car il était charpentier, cordier, tonnelier et faiseur de voiles. Il savait déployer et ferler une voile, y prendre des ris, épisser les cordages. Mais il n'était pas orateur. Il parlait peu et lisait encore moins. Il était franc et de bonne humeur, et avait beaucoup de bon sens. S'il se trouvait offensé, il s'emportait avec violence, mais il se calmait le moment d'après. Jamais il n'avait l'air de se targuer de son titre de lord II vit avec plaisir que j'avais appris la pratique aussi bien que la théorie de ma profession. Avant que nous eussions quitté le port, il m'avait pris en amitié, et j'eus soin d?entretenir ses bonnes dispositions à mon égard, car je l'aimais pour luimême, indépendamment de l'avantage qu'un officier trouve toujours à être dans les bonnes grâces de son capitaine.
Nous ne restâmes pas long-temps dans ce paradis des marins, car nous reçûmes tout à coup l'ordre de mettre à la voile pour Québec. A peine en pleine mer, nous hélâmes un bâtiment irlandais venant deBelfast, et conduisant des émigrans aux Etats-Unis. Ils composaient, je crois, environ dix-sept familles. Notre capitaine possédait environ vingt mille acres de terre sur 1 ile de Saint- Jean, aujourd'hui appelée l'île du prince Edouard, C'était une concession faite à un de ses ancêtres par la couronne, et cette propriété ne lui avait jamais rapporté un shilling, pour la meilleure raison du monde, — il ne s'y trouvait personne pour la mettre en valeur. Il pensa que ce bâtiment portait précisément l'espèce de cargaison qui lui convenait, et que ces Irlandais lui seraient très utiles pour défricher et cultiver ses terres. Il leur en fit la proposition, et comme ils n'avaient d'autre but que de chercher des moyens d'existence, et qu'ils n'avaient aucun motif pour aller aux Etats-Unis plutôt qu'ailleurs, ils acceptèrent ses offres. Le capitaine demanda à l'amiral la permission d'aller les y conduire lui-même pour les installer, et il l'obtint sans difficulté. Dans le fait, rien ne pouvait être
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plus avantageux pour toutes les parties, car ces émigrans allaient augmenter la population trop faible d'une de nos colonies, au lieu d'ajouter au nombre de nos ennemis. Nous repartîmes donc pour Halifax , dès que l'amiral y eut donné sa sanction , et traversant le beau détroit qui sépare la Nouvelle Ecosse de l'île du cap Breton, nous arrivâmes bientôt à l'île du Prince-Edouard.
Nous jetâmes l'ancre dans un petit havre voisin des propriétés du capitaine. Un homme, qui prenait le titre d'intendant, y demeurait avec sa femme et sa famille, et d'après fout ce que je vis pendant trois semaines que nous y restâmes , il était assez coquin pour être intendant du plus riche seigneur de toute l'Angleterre. Le capitaine débarqua , et me prit pour son aide-de-camp. L'intendant lui fit préparer un lit dans sa maison, mais Sa Seigneurie préféra coucher sur du foin dans la grange. Le noble lord était un homme dont les pensées donnaient peu d'exercice à sa langue. Il écoutait plus volontiers qu'il ne parlait, et son compagnon, quel qu'il fût, avait toujours à faire tous les frais de la conversation. Il ne suffisait même pas de lui dire une chose une
l'ois pour lui faire entrer dans l'esprit l'idée qu'on voulait lui transmettre, il fallait la lui répéter trois fois dans des termes difïérens ou avec des paraphrases , et il répondait à chacune des trois versions par une interjection : — Hum ! — eh! — ah! La première annonçait qu'il écoutait; la seconde, qu'il commençait à comprendre; la troisième, qu'il approuvait ce qu'on lui disait, et il la prononçait toujours plus lentement, avec emphase et en souriant.
Je donnerai un exemple de nos conversations. Le premier jour que nous couchâmes sur le foin dans la grange, il entama lui-même l'entretien, ce qui était fort rare, en disant :
— Je voudrais savoir. . . (une pause] .
— Milord ?
— Que dirait-on en Angleterre si l'on nous savait logés ainsi ?
— Je crois, milord, qu'en ce qui me regarde, on nediraitrien ; mais en cequi concerne Votre Seigneurie, on pourrait dire que c'est un assez mauvais logement pour un homme de votre rang.
— Hum !
— Je dis, milord, qu'un homme de votre
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rang, couchant sur du foin, dans une grange, pourrait exciter la surprise de ses amis en Angleterre.
— Eh?
— Je veux dire, milord, que si l'on savait en Angleterre comme vous êtes bon marin, on ne serait étonné de rien de ce que vous pouvez faire; mais que ceux qui ne vous connaissent pas, trouveraient singulier qu'un homme de votre rang pût se contenter d'un pareil logement.
— Ah!
Ce monosyllabe termina la conversation. Je ne tardai pas à m'endormir, et je ne m'éveillai que lorsque les coqs et les poules, sautant à bas de leurs perchoirs, firent un tapage infernal pour demander leur déjeûner. Sa Seigneurie s'éveilla en même temps, se leva sur-le-champ pendant que je me frottais les yeux, et acheva ce que les poules avaient commencé, en s'écriant :
— Allons! levez-vous, maudit paresseux!
Avez-vous envie de dormir toute la journée? Nous avons bien des choses à faire.
— Oui, oui, milord, répondis-je. Je mêle-
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vai aussitôt, et je lis ma toilette en aussi peu de temps et de la même manière qu'un ehieu de Terre-Neuve, c'est-à-dire, en me secouant.
Une grande partie de l'équipage vint à terre avec le charpentier, apportant les outils nécessaires pour abattre des arbres et construire des maisons de bois. Tel devait être notre occupation, afin de pouvoir loger nos émigrans. Après avoir choisi le local où seraient placées leurs habitations, nous abattîmes les pins et les bouleaux qui semblaient avoir pris possession exclusive de la forêt. Nous couchâmes ensuite quatre troncs d'arbre par terre , de manière à former un parallélograme, et nous fîmes une entaille profonde à chacune de leurs extrémités pour qu'elles pussent s'emboîter les unes dans les autres. La même opération fut réitérée jusqu'à ce que le mur fût d'une hauteur suffisante, après quoi nous en fîmes le toit en plaçant transversalement de plus petits troncs d'arbres que nous couvrîmes de blanches de pins, d'écorcesde bouleaux, et de boue, pour le rendre imperméable à la pluie. La pratique fit de moi un excellent architecte, et à l'aide d'une trentaine d hommes, je pouvais bâtir une maison en un jour.
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Nous défrichâmes eneuite, en abattant les arbres et en les déracinant, autant de terrain qu'il en fallait pour la petite colonie; nous semâmes du blé, nous plantâmes des pommes de terre, nous donnâmes aux émigrans devenus colons divers objets qui pouvaient leur être utile, et conformément à nos instructions, nous retournâmes à Halifax. Rien ne pouvait certainement m être plus agréable; cette chère ville fut pourtant cause que je reçus une sévère réprimande de mon capitaine pour avoir manqué d'attention aux signaux. Le vaisseau amiral nous fit un jour un signal pendant que j'étais le midsihpman chargé de surveiller les signaux, mais ma lunette, au lieu de se diriger vers le vieux Centurion, était braquée sur une jeune et charmante Calypso , que j'avais découverte se promenant sur tes gazons fleuris. Je ne sais combien de temps j'aurais voulu passer dans cette heureuse Arcadie , si un autre Mentor ne m'eût poussé du haut des rochers pour me faire encore une fois lutter contre les vagues.
Contre l'avis de tout être raisonnable, le président des Etats-Unis avait formé le plan d'une guerre contre l'Angleterre, et tous les navires qui se trouvaient dans le havre de Halifax se
préparèrent à combattre les Yankees ( i ). L'escadre partit en septembre. Je fis mes adieux aux nymphes de la Nouvelle-Ecosse avec moins de regret que je ne l'aurais cru; mais je commençais à être las de cette Capoue des marins, et je désirais un service plus actif.
(1) Sobriquet donné aux Américains par les Anglais pendant la guerre de l'indépendance. — Note du Trad.