‹ François BaconChapitre 100 sur 120 · IV. — l'influence morale · texte numérisé non relu

IV. — l'influence morale

tien, il s'est raillé des scolastiques qui avaient voulu autant que possible rationaliser leur foi ; il était peut-être sincère quand il disait, à la suite de Luther, de Calvin, et avant Jansénius, que les rationalistes scolastiques^ par leur manie de vouloir tout expliquer, avaient donné occasion aux esprits forts de nier les vérités de la religion (1), mais il n'en esf pas moins vrai qu'il a ruiné par là toute saine théologie. En effet, les croyances émancipées de la raison ne relèvent plus que de la conscience individuelle, les pratiques et les dogmes religieux deviennent des idées purement subjectives que chacun est libre d'entretenir s'il le veut, mais sur lesquelles toute discussion est oiseuse, superflue et impossible . La religion privée de sa base rationnelle est détruite dans son principe et ses œuvres vives. Ainsi s'accentue le caractère antichrétien du baconisme. Il met la Religion, non pas au dessus, quoi qu'il en dise, mais en dehors delà raison. Tous les adversaires du christianisme au XVIII® siècle ont fait consister leur tactique d'abord à creuser un fossé qui sépare la raison de la foi, puis à se déclarer con-

(1) Ibid. 1. m, c. 2, ib. p. 545.

Bacon. — 25.

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tre la foi en faveur de la raison. Des chrétiens naïfs ont pu donner dans le piège et croire pouvoir établir la foi traditionnelle sur les ruines de la raison, mais les défenseurs autorisés du christianisme, Grégoire XVI et les Pères du Vatican ont été mieux avisés quand ils ont condamné le traditionalisme, le premier par TEncyclique Mirm^i vos, les derniers par un solennel décret.

En même temps que Bacon met la théologie hors des limites de la raison, il rejette les autorités de toute nature et rabaisse le passé au profit de l'avenir. Les aphorismes éloquents où il exprime ces idées, nous paraissent avoir été pour quelque chose dans la grande querelle des anciens et des modernes qui divisa tout notre XVIP siècle. Pour comprendre quel fut le rôle de Bacon^ il est nécessaire de reprendre les choses d'un peu plus haut.

La Réforme avait considéré les adaptations successives du christianisme aux diverses civilisations comme autant d'altérations apportées à l'essence de la religion. C'étaient, d'après les réformateurs, autant de concessions faites à l'esprit du siècle par la politique des papes. Il fallait donc détruire le papis-

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