IV. — l'influence morale
rance d'une vie future individuelle, l'espérance d'un bonheur général par le progrès scientifique et industriel. Telle est la raison pour laquelle Bacon a été pris pour patron par la philosophie du siècle dernier. Il lui apprenait comment on pouvait remplacer par un nouveau dogmatisme scientifique le dogmatisme religieux et métaphysique qu'elle s'était donné mission de ruiner. Aussi V Encyclopédie emprunte-t-elle à Bacon sa classification des sciences, aussi est-ce au progrès des lumières que le XYIII*^ siècle réserve le soin de remplir les espérances de l'humanité. Le XIX^ siècle a hérité de ces espérances ; seulement, tandis que le XWlll^ siècle cherchait à les remplir par des théories sociales et économiques, par des réformes politiques encore imbues de l'esprit métaphysique, le XIX<^ siècle a constaté, grâce aux progrès des sciences physiques, que le bonheur de l'humanité dépend plutôt des découvertes des savants que des rêveries, des politiques et que celles-ci même, pour devenir heureuses et fécondes, doivent s'appliquer à revêtir un caractère scientifique et, pour cela, suivre la méthode des sciences de la nature.
Ainsi l'esprit de Bacon se retrouve à l'origine
:184 III. — l'influence de bacon
de la formation de l'esprit moderne. C'est ce dont nous nous apercevrons mieux encore en passant en revue les points principaux par où Bacon a influé sur le XVIII*' siècle et influe encore sur nous.
Nous avons vu comment il est amené à nier la métaphysique. Par cela même il est conduit à enlever toute base rationnelle à la Religion, à séparer la raison de la foi de façon à mettre la théologie tout entière en dehors de la raison. La classification des sciences de la raison est dominée par le soin jaloux de placer la théologie en un lieu si élevé qu'elle ne puisse avoir aucun prétexte de se mêler aux autres sciences. La théologie inspirée est déclarée extérieure à la raison. Quant à la théologie naturelle, l'existence de Dieu où elle s'appuie n'est qu'une double hypothèse. Or, si la raison ne démontre pas d'une façon satisfaisante l'existence de Dieu, que devient la théologie inspirée elle-même?
Bacon a voulu couper le pont qui relie la science à la foi, il a déclaré que plus une proposition est malsonnante à la raison du savant (1), plus elle a de titres à la croyance du chré-
(1) De Augm. l. ix, c. 1, t. i, p. 830.