‹ François BaconChapitre 103 sur 120 · IV. — l'influence morale · texte numérisé non relu

IV. — l'influence morale

ces d'autorité. Descartes «regarde comme absolument faux tout ce en quoi il trouve la moindre raison de douter )>, il ne veut admettre pour vrai que ce qui lui paraîtra évidemment être tel, c'est-à-dire les propositions qu'il peut ramener à des idées claires et distinctes. Par suite aucune autorité ne peut être admise dans la science, tout doit avoir été « ajusté au niveau de la raison ». De là la défaveur attachée aux sciences historiques par l'école cartésienne. Aussi cette école est-elle plus critique encore et plus ennemie de l'autorité que l'école de Bacon. Celui-ci se contentait de n'admettre pour vrai que ce qui peut être expérimentalement vérifié, il était loin d'exiger en outre l'intelligibilité complète de l'expérience.

Soumis à ces deux influences combinées, nos philosophes du XVIIIe siècle ne purent qu'être de redoutables critiques. Aucune autorité, aucune tradition ne trouve plus grâce devant eux. Ils examinent et détruisent tour à tour toutes les traditions religieuses ou politiques. En toutes choses ils condamnent le passé au profit de l'avenir. Le passé, c'est l'âge des ténèbres, ils vivent au siècle des lumières. Le passjé, c'est l'arriéré ; l'avenir, c'est Te progrès. Ils croient au progrès

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avec une ferveur presque religieuse. Les uns, comme Voltaire et les Encyclopédistes, travaillent surtout à détruire les idées du passé ; les autres, comme Rousseau, Montesquieu, Turgot, Condorcet, travaillent surtout à organiser Tavenir.

La foi au progrès, à la perfectibilité de l'espèce humaine ne s'est pas arrêtée dans notre siècle. Les écoles socialistes et communistes de Saint- Simon, de Fourier, de Cabet, de Proudhon, ont, sous des formes parfois éloquentes, parfois ridicules, professé la même croyance. Le positivisme est aussi fondé sur la doctrine du progrès. C'est bien parce que l'humanité progresse que l'état positif auquel elle est parvenue est supérieur aux deux états antérieurs. La voix de ces penseurs semble n'être qu'un écho des paroles de Bacon. La perfectibilité de la race est indéfinie, nous pouvons tout espérer de l'avenir non seulement pour perfectionner les instruments et les auxiliaires de l'homme, mais la race humaine elle-même. Et l'école de l'évolution vient apporter à ces rêves l'appoint de ses observations et de ses connaissances naturalistes. Il est vrai que cette dernière école admet à la suite du progrès en avant un retour en ar-

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