‹ François BaconChapitre 104 sur 120 · IV. — l'influence morale · texte numérisé non relu

IV. — l'influence morale

rière également nécessaire qui doit compléter le cycle entier de l'évolution.

En dehors de ces doctrines, le progrès scientifique est constaté par toutes les écoles et nul n'oserait prédire un terme aux découvertes, aux inventions que la science peut mettre au service de l'humanité. On accorde à Bacon que l'empire de l'homme sur la nature peut être indéfiniment agrandi.

Dans les théories morales l'influence de Bacon ne se fait pas moins sentir. Pour Bacon la vertu maîtresse est plutôt l'humanité que la charité, telle que l'entend le christianisme. La charité chrétienne pense trop à Dieu et pas assez aux hommes. Le philanthrope pense au contraire aux hommes bien plus qu'à Dieu.

Le XVIII® siècle développe ces pensées, il ajoute que Dieu n'a nul besoin de notre amour et que nos semblables en ont au contraire un pressant besoin. De notre temps on remplace même le mot de philanthropie. Dans son livre de VHumanité (1), en même temps qu'il fait à la charité chrétienne tous les reproches précités, Pierre Leroux déclare qu'elle doit céder la place

(1) 2 vol. in-8. Paris, 1839.

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k la vertu moderne par excellence, à la solidarité. Là solidarité est le sentiment qui résulte en chaque homme de la constatation scientifique du lien qui l'unit à tous ses semblables. Quand tous les hommes seront convaincus que toute infortune des autres les atteint aussi par contre-coup, que tout bonheur qui arrive aux autres finit aussi par arriver jusqu'à eux, ils n'auront plus besoin de prescriptions autoritaires pour se dévouer les uns aux autres, ils se verront alors tous en chacun et chacun en tous et ce sera le règne de l'harmonie et de la félicité parfaites. Ainsi à la place de l'idée chrétienne qui mesure le mérite à la gratuité du don, se substitue l'idée d'une juste et réciproque rémunération. L'aumône gratuite est une humiliation, l'assistance réciproque n'a rien d'humiliant, c'est un prêté pour un rendu, La justice tend de plus en plus à absorber en elle la charité. Le progrès de la morale consiste précisément dans la suppression de la charité au profit de la justice.

La vertu moderne prétend encore être supérieure à la vertu chrétienne à un autre point de vue. Bacon a blâmé le soin exclusif du perfectionnement individuel, la préférence accordée à

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