IV. — l'influence morale
la vie contemplative sur la vie active. Il considère le. bien social comme de beaucoup supérieur au bien privé. Par suite la vertu individuelle a bien moins de valeur que le rayonnement de cette vertu, la perfection intérieure vaut bien moins que les actes extérieurs. Les philosophes du XVIII*' siècle développent ces pensées. Pour eux, le chrétien préoccupé de son salut^ de son perfectionnement individuel, désireux de gagner le ciel, n'est en somme qu'un égoïste, un détaché, un « émigré à l'intérieur ». Le vrai sage doit au contraire s'oublier pour les autres, travailler au bien public et ne pas consacrer ses veilles, son intelligence et ses forces à la misérable occupation de scruter sa conscience et de mourir à lui-même. C'est là un suicide volontaire et lent, un vol véritable que l'individu fait à l'État. Loin d'être l'idéal de la vie morale, la souci du perfectionnement individuel est la ruine de toute moralité. Ces idées viennent toutes de Bacon.
Toutes se ramènent à celle-ci : l'homme n'a des devoirs à remplir qu'en tant qu'il est un être social. Ses devoirs sont engendrés par ses rapports sociaux et par suite toute la morale est subordonnée à l'intérêt général. Et comme,
en dehors de la religion et de la métaphysique, il ne saurait y avoir d'autres intérêts que les intérêts matériels, il s'ensuit que les devoirs particuliers de chacun des individus sociaux sont entièrement subordonnés aux intéréte matériels de la société, à sa prospérité industrielle et économique. C'est bien là le fond commun de toutes les moralesau XVIII* siècle. C'était bien aussi, nousl'avons vu, le principe delà morale de Bacon. La morale émancipée des principes religieux et métaphysiques devient sujette des lois civiles. Le droit privé découle du droit public. C'est donc la loi civile qui devient la régulatrice de la conscience. La vertu c'est l'obéissance, le vice la désobéissance à la loi. Aussi, puisque nul devoir n'existe antérieur aux devoirs civiques, aucun droit supérieur ne s'oppose aux empiétements de la loi. La loi peut ordonner tout ce qu'elle veut, on est coupable et mauvais citoyen si on tente de lui désobéir. En vain essaierait-on de distinguer entre les lois justes et les lois injustes. Juslutnest quod placuit Régi, disaient les vieux juristes et nos modernes répètent: Justum est quod placuit Legi. En étant à la morale ses bases rationnelles et universelles, en supprimant les devoirs envers Dieu et les devoirs envers