IV. — l'influence morale
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des hommes vivant sur la terre. Par suite l'unique but de la morale est de procurer le plus de bonheur possible à l'humanité, ou, comme disait Bentham, de « maximiser » le bonheur.
Le but dernier de l'activité humaine est ainsi l'utilité. « Doter la vie humaine de nouvelles commodités, tel est le but dernier de la science humaine » disait Bacon, -r- C'est pour cela qu'il sacrifie la contemplation à l'action, qu'il met l'esprit au service des choses, la science au service de l'industrie pourvu que cette industrie procure non un bien particulier, mais un bien général.
On voit par ce trop long à la fois et trop rapide exposé qu'une partie des tendances de ce que l'on est convenu d'appeler l'esprit moderne, celles qu'on pourrait regarder comme les plus importantes et les plus nouvelles, trouvent dan^ Bacon leur origine et leur première expression (1).
(1) On peut en effet suivre dans les temps modernes, à côté de ces tendances antimétaphysiques, utilitaires et oppressives de rindividuy le développement d'autres tendances tout opposées et peut-être contradictoires, et qui n'entontribuent pas moins à constituer cet étrange composé qui s'appelle V esprit moderne. Ces dernières tendances sont caractérisées par les revendications de la conscience individuelle dans le domaine religieux, philosophique, scientifique, et même économique et social.
400 III. — l'influence de bacon
Relégation de la théologie hors des limites de la raison, d'où résultent les inévitables conflits de la science et de la religion, négation de toute autorité et croyance au progrès, indépendance de la morale et enfin subordination de la contemplation à l'action, de la science à des fins utiles, ce sont bien les idées qui paraissent dominer le monde moderne et constituer son esprit. Le XVIIIc siècle tout entier est imbu de ces tendances et, s'il ne Mes emprunte pas à Bacon, c'est <iu moins chez lui qu'il les trouve exprimées avec une précision et une éloquence supérieures. La grande machine de guerre du siècle,. Y Encyclopédie, emprunte à Bacon ses divisions et comme son plan de bataille. Les générations qui nous ont immédiatement précédés ne séparaient pas dans leur admiration Voltaire, Diderot, tous les philosophes du siècle passé, de celui qui a moins été leur maître qu'ils ne l'ont dit, mais qui leur a cependant fourni des armes excellentes et bien trempées.- L'influence de Bacon se fait donc encore sentir sur nous, son esprit a été un ferment qui a fait lever les idées modernes.
Cependant certains symptômes permettent de prévoir un retour à d'autres idées. Nous nous