SOCRATE, PLATON
Caractéristique des sophistes. — Les sophistes proprement dits. Sympathie de Bacon. — Socrate. ~ Reproches que lui fait Bacon. — Platon. — Ses bonnes parties. — Son erreur capitale. — Finalisme et théosophie. — I/acatalepsie. — Les moralistes anciens.
c La sagesse des Grecs, dit Bacon, était pédantesque et se répandait en disputes. Aussi ce nom de sophistes dont ceux qui ont voulu être regardés comme philosophes ont affublé par mépris les rhéteurs antiques, tels que Gorgias, Protagoras, Hippias, Polus, convient aussi bien à toute l'espèce, à Platon, à Aristote, à Zenon, à Épicure, à Théophraste et à leurs successeurs , Chrysippe, Carnéade et tous les autres. Il n'y avait entre les uns et les autres qu'une différence, c'est que les premiers furent errants et mercenaires, courant les cités, faisant parade de leur sagesse et en tirant des bénéfices, tandisque les seconds^ plus solennelset plusgéné-
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reux, eurent des domiciles fixes, ouvrirent des écoles et philosophèrent gratis. Mais les uns et les autres se posaient en maîtres, ramenaient tous les sujets à des discussions,, fondaient des sectes philosophiques et combattaient comme hérésies les opinions opposées. Aussi leurs doctrines ont presque toutes mérité ce reproche ingénieux que fit Denys à Platon : « Ce sont propos de vieillards oisifs à des jeunes gens sans esprit »(1). — On voit par ce texte important que ce qui, aux yeux de Bacon, caractérise la sophistique, c'est l'enseignement ex professa, la discussion des opinions et la constitution d'une école philosophique. Nous venons de voir dans le chapitre précédent que c'est précisément l'absence de ces traits caractéristiques que Bacon admirait chez les premiers philosophes grecs. Au point de vue pratique où se place notre auteur, rien ne peut être en effet plus pernicieux qu'un enseignement scolastique, presque forcément étroit et sectaire. Comment l'esprit d'un homme si grand qu'il soit pourrait-il découvrir les lois secrètes de la nature dont les voies sont si mystérieuses
(l)ff. 0. 1. 1, p.Ti.t. I, p. m. — CI.Redai-g.philof. l. i p. S65.