‹ François BaconChapitre 13 sur 120 · II. — LES SOPHISTES. SOCKATE PLATON · texte numérisé non relu

II. — LES SOPHISTES. SOCKATE PLATON

humaine. Ils sont blâmables sans doute de n'avoir recherché que leur intérêt et leur propre satisfaction, mais leur art n'est pas méprisable en lui-même; ils ont connu, comme le fera plus tard Machiavel, l'art du succès, de la politique, et, si leurs discussions ne valent rien, l'adresse avec laquelle ils s'en servaient pour arriver à leurs fins n'en est pas moins admirable. Ainsi s'explique l'admiration plus ou moins avouée de Bacon pour les sophistes (1) et pour les maximes de Machiavel (2), admiration qui a si fort scandalisé Joseph de Maistre.

Bacon ne méprise pas non plus Socrate. Lui aussi eut un but pratique, il voulut apprendre aux hommes à bien vivre. A ce titre il mérite les éloges de Bacon. Socrate même comprit qu'il fallait s'appuyer sur l'expérience et sur une sorte d'induction pour conduire la nature humaine à la vertu (3). Mais, au lieu d'observer la nature humaine en elle-même et de trouver les lois d'après lesquelles il est possible de la gouverner, Socrate s'attache à définir des mots d'après

(1) De Augm. 1. iv, c. 1, t. i, p. 581 ; 1. v, c. 3, ibid. p. 634.

(2) Ibid. 1. VII, c. 2. t. I, p. 729; 1. viii, c. 2, § 18 ; ibid. p. 761 ; ibid. § 34, ibid. p. 769.

(3) iV. 0.1. 1,105, 1. 1, p. 205.

l'usage commun (1), c'est-à-dire qu'au lieu d'étudier la vraie nature de l'homme il cherche seulement à se rendre compte des opinions que l'homme professe sur lui-même. Ainsi, malgré l'apparence, c'est à l'école de l'esprit qu'il se met et non à celle de la nature. Sa science est toute verbale, fictive et en l'air. Il a eu le mérite de ne point vouloir imposer à la nature les idées de son propre esprit, mais il a pris pour la nature réelle les idées communes du vulgaire. Il s'est donc trompé de route et sa philosophie ne peut être que sophistique.

Celle de Platon l'est bien plus encore. A l'école de Socrate il avait appris à fonder la science sur l'induction (2), il a même des thèses très profondes sur la nature des choses. Il a vu, par exemple, l'importance capitale de la connaissance des formes pour la constitution de la science définitive (3) ; il a compris mieux que personne l'extrême difficulté pour Thomme de découvrir ces formes cachées (4), son allégorie

(1) Cf. Lewes, History of philosophy^ iv, c. 2, t. i, p. 163.

(2) De Augm. 1. ii, c. 2, t. i, p. 499.

(3) Ibid. 1. m, c. 4, 1. 1, p. 565.

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