‹ François BaconChapitre 14 sur 120 · II. — LES SOPHISTES. SOCRATE, PLATON · texte numérisé non relu

II. — LES SOPHISTES. SOCRATE, PLATON

de Ja caverne est une des plus belles images qui aient été données de la faiblesse de la connaissance humaine (1) ; il a vu que toutes les choses du monde montent vers Tunité par une sorte d'échelle (2) , mais il a gâté ses vues les plus profondes et les plus belles par sa manie d'introduire partout la providence et les causes finales (3). L'esprit humain croit naturellement que'lorsqu'on agit avec intelligence, on agit en vue d'un but, en vue d'un bien. Platon répète sans cesse, et en particulier dans le Timée, que le monde est l'œuvre d'une intelligence suprême. Cette intelligence a donc dû partout poursuivre des buts, travailler partout à réaliser des biens. Ainsi la philosophie de Platon aboutit toujours à la théosophie et à la recherche continuelle et superstitieuse des causes finales. Et c'est par là que Platon est un sophiste, car il voit des causes finales partout, non parce que l'expérience les lui montre, mais

(1) De Augm. 1. v, c. 4, t. i, p. 644.

(2) Ibid. 1. III, c. 4, t. I, p. 567.

(3) Ibid. 1. I, t. I, p. 461; 1. m, c. 4, 1. 1, p. 565, p. 570. — N.0, 1. 1, 65,'t,i, p. 175. R edar g. philos, i. m, p. 569. Cogit. et vis. t. m, p. 601.

parce que l'esprit humain est porté à les supposer (1). Or, le caractère de l'esprit sophistique consiste précisément à croire que les lois de la nature sont les mêmes que les lois de l'esprit, et à introduire arbitrairement dans la nature les principes que l'esprit découvre en lui-même. Que la critique de Bacon soit fondée en fait, cela est incontestable. Platon prête à Socrate dans le Phédon une théorie d'après laquelle rien ne se fait dans le monde qu'en vue du bien et d'après le principe du meilleur. Les causes finales sont donc le principe suprême d'explication des choses, et la philosophie a pour but de tout ramener au Bien d'où tout est parti. C'est ce qui est expliqué en beaucoup d'endroits, en particulier dans le Philèhe^ dans le Timée et dans les livres VI et VII de la République. Dans le Phédon même, Socrate dit formellement que c'est en se rendant compte que tout ce qu'il faisait avec intelligence, il le faisait par le principe du meilleur qu'il a reconnu qu'il fallait juger de toutes choses d'après le même principe et regarder les phénomènes dans leurs causes afin de les mieux connaître. Ainsi Platon a interprété la

(1) De princip. atq. orig. t. m, p. 86,

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