‹ François BaconChapitre 15 sur 120 · II. — LES SOPHISTES. SOCRATE, PLATON · texte numérisé non relu

II. — LES SOPHISTES. SOCRATE, PLATON

nature d'après les idées de son esprit, il a don c été un sophiste, selon la définition de Bacon. Il a vu partout l'intervention d'une bonté supérieure et comme d'une main divine, il a donc sacrifié aux causes finales et à la théosophie.

Tout cela ne peut être contesté. Ce qu'on pourrait contester avec raison, c'est le bien-fondé du titre de sophistes que Bacon se croit en droit d'attribuer à Socrate, à Platon et à tous les dogmatiques. La sophistique ne consiste pas en effet à enseigner ni même à soumettre la nature aux vues de l'esprit, mais à professer tantôt le pour, tantôt le contre, selon le caprice, la passion et l'intérêt du moment. La sophistique, c'est l'art de disputer mis au service de l'intérêt personnel, c'est un scepticisme moral — ou plutôt immoral — d'où résulte non un dogmatisme, mais au contraire un scepticisme théorique. Ni Socrate, ni Plalon ne méritent d'être affublés de ce nom. Ils ont au contraire opposé au scepticisme des sophistes, un dogmatisme moral (1), et leur dogmatisme théorique, moins complet chez Socrate, plus décidé chez Platon, n'est que la conséquen-

(1) Cf. Boutroux. — Socrate fondateur de la science morale. — Séances et travaux de V académie des sciences morales.

ce de leur dogmatisme moral. Bacon a donc tort de traiter de sophistes ceux qui furent les plus redoutables adversaires des véritables sophistes.

Mais il a raison de dire que Socrate et Platon cherchent à se représenter la nature d'après les pensées de leur esprit. Socrate et Platon eussent accepté ce jugement, mais ils eussent été étonnés qu'on crût ainsi leur faire un reproche. Ils se fussent demandé comment on pourrait arriver à expliquer le monde, si on ne le supposait pas au préalable intelligible, et comment on pourrait se représenter l'intelligible si on ne se le représentait pas comme analogue aux pensées de notre esprit. Et, par les mêmes raisons, ils auraient refusé d'admettre que se servir des causes finales pour expliquer le monde, ce fût fausser la nature et sophistiquer la science. • Ils poursuivaient cependant un but analogue à celui de Bacon, un but essentiellement pratique. Socrate voulait avant tout fonder un enseignement moral, réformer les mœurs des jeunes gens, Platon voulait en outre réformer l'État et visait la pratique politique. Mais ces deux grands hommes pensaient que le but principal de la pratique doit être moins la domination

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