‹ François BaconChapitre 20 sur 120 · ÏII. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE · texte numérisé non relu

ÏII. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE

Son but d'abord était l'opposé même du but que poursuit Bacon. Bacon cherche l'art, et la science n'est en sa main qu'un levier pour s'asservir la nature. Aristote met dans la science le but le plus élevé de l'homme. Le but de la vie est le bonheur et le bonheur se trouve dans l'acte vertueux. Mais l'acte le plus élevé que l'homme puisse réaliser est l'acte de la partie divine de son être, l'acte de l'intelligence. Aristote donne aux vertus intellectuelles le pas sur les vertus morales et il préfère à l'action la contemplation. Comprendre pour lui est supérieur à agir. L'action est dans le mouvement, le bonheur est dans le repos (1). Pour Bacon au contraire les œuvres et les arts sont la fin dernière à atteindre. L'idéal pour lui est dans le mouvement et dans l'exercice de la volonté ; pour Aristote il est dans le repos et dans la satisfaction de l'intelligence.

Ainsi, tandis que Bacon ne recherche que les vérités utiles, et ne s'attache aux expériences lumineuses qu'en tant qu'elles peuvent le conduire aux fructueuses (2), Aristote a pour toutes les

<1) Éth. Nicom. x, 7, p. 1117.

(a)iV.0. 1.1,121, 1. 1, p. 215.

vérités la même attention et le même respect. Il ne cherche pas tant à dominer le xdfffxcç qu'à le comprendre et à jouir de sa beauté. Il cherche donc avant tout à l'expliquer. Or, l'intelligence se rend compte des choses en les pensant, en se les représentant sous forme d'idées. Plus les choses sont susceptibles de devenir semblables aux idées de l'intelligence, plus elles sont intelligibles. Il convient donc avant tout de connaître les conditions de l'existence des idées qui sont les conditions de l'intelligibilité des choses. Aussi Aristote commence-t-il sa philosophie par VOrganon et le premier des traités de VOrganon est le traité des Catégories. Après avoir étudié les cadres généraux où se rangent toutes les idées, Aristote devra étudier ensuite les cadres logiques où viennent se ranger toutes les propositions (De interpretatione),tous les raisonnements (Anaïytica Priora). Il devra chercher ensuite les conditions auxquelles les connaissances extraites de l'étude de la nature devront satisfaire pour devenir intelligibles à la raison. C'est ce qu'il a fait dans les Derniers Analytiqiies. Là se trouve le nœud de l'antique Organon ; c'est dans ces livres qu'Aristote donne sa théorie fameuse de la Démonstration.

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