‹ François BaconChapitre 22 sur 120 · III. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE · texte numérisé non relu

III. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE

a pas de science de l'accidentel et du singulier. Le but d'Aristote c'est la connaissance du général et de l'universel.

Le but de Bacon au contraire c'est la réalisation du singulier. La pratique n'a rien de général, elle est ceci ou cela, telle œuvre ou telle autre, cette action ou celle-ci. Le fossé entre l'ancien et le nouvel Organon se creuse de plus en plus et il va devenir infranchissable.

Dans les sciences telles qu'Aristote essaye de les constituer, la sensation fournit le point de départ, l'expérience élabore les définitions, l'induction découvre les lois en s'attacbant dans les événements et dans les êtres singuliers à dégager l'universel qu'ils contiennent (1), mais la science ne s'achève que par la démonstration, par le syllogisme du nécessaire, par le syllogisme qui produit la science (2). Le théorème scientifique est dès lors complet, arrêté, formé, achevé pour l'éternité r,vf^\f.uL eiç àii, participant à l'immobilité de la Pensée souveraine. La sensation, l'expérience, l'induction, le mouvement sont des moyens ; la fin est constituée

(1) An.post.n, 19, p. 99.

(2) An.post. I, 2, p. 74, b.

par rintëlligence, la déduction, le repos. Bacon au contraire est un ami du progrès. Il ne veut pas d'une vérité immobile. Il faut à Taide des expériences passées travailler à rendre possibles des expériences futures. L'induction ne doit pas tant s'inquiéter de dégager les ressemblances que d'éliminer les différences. C'est qiïe, pour Bacon, ainsi que nous le verrons plus tard, il ^'agit moins de savoir que de produire, moins de démêler la véritable et unique cause que d'arriver à réaliser les effets qu'on veut. Aussi Bacon place-t-il dans la physique la recherche des causes efficientes, réservant à la métaphysique la recherche des causes formelles et des causes finales. Cela vient de ce qu'il appelle du nom de causes efficientes les conditions antécédentes de l'effet. Aristote, de son côté, place dans la métaphysique l'étude de toutes les causes en tant qu'elles dérivent de la Pensée et se trouvent dans le premier moteur (1). Il n'étudie dans la physique que la forme des événements, c'est-à-dire la loi des effets, telle qu'elle se manifeste en eux, mais cette forme physique est un effet et non une cause. C'est dans la métaphysique qu'il étu-

(i)^MflpA. II, 2. -p.996.

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