‹ François BaconChapitre 27 sur 120 · III. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE · texte numérisé non relu

III. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE

dire quelle est la nature essentielle de cette substance? Seules, l'observation et Texpérience peuvent l'indiquer. — D'ailleurs le reproche encouru par Aristote, Bacon aurait pu se l'adresser à lui-même, à tous les philosophes, à tous les savants. On n'est pas philosophe, on n'est pas savant sans une idée préconçue, au moins sans cette idée qu'il y a des lois dans la nature et que les phénomènes les manifestent. Quant au reproche d'avoir tout ramené à des abstractions creuses, et en particulier à la matière et à la forme (1), il faut distinguer. — Quand on veut comprendre un phénomène, on doit le ramener à des éléments intelligibles; or, cela ne se peut qu'en le décomposant en éléments idéaux que l'esprit ne comprend qu'en les distinguant les uns des autres, mais cela n'implique point l'existence séparée de chacun de ces éléments. Au contraire, quant on veut produire des phénomènes nouveaux, il faut surtout s'attacher aux éléments intégrants et réels qui servent à constituer les phénomènes. Dans les deux cas, il faudra procéder par analyse, mais dans le premier l'analyse aura pour

(1) De Augm. 1. iv, c. 3, 1. 1, p. 606. — Deprincip. atq. origin., t. III, p. 87.

but de rechercher les éléments idéaux les plus simples, on fera une analyse idéale et on aboutira à des abstrations, c'est ce que fait Aristote ; dans le second, l'analyse aura pour but de rechercher les éléments matériels derniers, on fera une analyse réelle et on aboutira à des atomes, c'est ce à quoi tend Bacon. De là sa sympathie avouée pour Démocrite et son antipathie pour la métaphysique.

Bacon a raison, sans doute, de dire que la méthode d'Aristote doit aboutir à des représentations verbales. Il est clair en effet que les idées abstraites ne peuvent vivre sans s'incarner, pour ainsi dire, dans les mots. Mais Bacon a tort peut-être de croire que ces représentations verbales ne sont que des mots et qu'elles n'ont eu d'autre résultat que d'enfler les esprits et de grossir les bibliothèques. Distinguer ce qui est en effet distinct, ce n'est pas produire des effets, je le veux bien, mais enfin ce n'est pas dire des faussetés. C'est, de plus, un exercice de l'esprit qui peut avoir son utilité. Enfin et surtout la . considération des abstractions n'a pas été sans produire quelques résultats et, pour n'en citer qu'un exemple, les distinctions qui ont eu pour effet de créer les objets mathématiques ont

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