III. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE
eu sur la physique moderne assex d'heureuse influence pour qu'aux yeux mêmes de Bacon, s'il revenait parmi nous, la cause des abstractions fût gagnée.
Bacon ne nierait pas l'utilité de la morale non plus que celle de la physique. Or, si la morale se trouvait avoir vis-à-vis de la métaphysique des liens de dépendance analogues à ceux qui unissent la physique aux mathématiques, Bacon serait bien forcé ici encore d'avouer que la considération des abstractions peut influer sur la pratique. Il est vrai que Bacon n'eût peut-être pas plus reconnu que ses modernes disciples cette dépendance de la morale vis-à-vis de la métaphysique, mais il ne croyait pas non plus à l'influence des mathématiques sur la physique et la mécanique. Ses disciples sont les premiers aujourd'hui à avouer cette dépendance, il n'est pas interdit d'espérer que leurs successeurs reconnaîtront un jour celle de la morale vis-à-vis des abstractions métaphysiques. Ce jour-là toutes les abstractions auront cause gagnée, elle ne tiendront plus seulement une place honorable dans l'édifice théorique du savoir, elles formeront les assises de l'édifice pratique du gouvernement des corps et du gou-
vernement des esprits, de la mathématique et de la morale.
Que maintenant beaucoup des successeurs d'Aristote aient pris peut-être trop souvent « la paille des mots pour le grain des choses » , c'est ce que je ne voudrais pas contester, encore que le procès qu'on leur fait me paraisse mal instruit et sujet à révision. Les distinctions des scolastiques avaient leur bon côté, et leurs entités n'étaient pas aussi vaines qu'on veut bien le dire. On les a plus souvent mal compris qu'ils ne se sont eux-mêmes trompés, et avant de médire d'eux il serait peut-être sage de commencer par les étudier. On verrait alors qu'on répète en aveugle les phrases mêmes de Bacon. A moitié justifiées dans sa bouche, nous venons de le voir, à cause de ses vues utilitaires et antimétaphysiques, elles ne le sont plus ni ne peuvent l'être dans la bouche de philosophes qui, sous des noms différents, acceptent les mêmes entités que les scolastiques et se livrent aux mêmes distinctions. Il est vrai qu'elles sont moins subtiles, mais la cause en est peut-être non à une plus grande justesse d'esprit mais à une force et à une finesse moins grandes. Dans les analyses idéales, la subtilité ne peut pas plus être