‹ François BaconChapitre 29 sur 120 · III. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE · texte numérisé non relu

III. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE

un défaut que la puissance du microscope dans les investigations réelles. Le degré de subtilité mesure exactement le degré de finesse de Fesprit. Et de même, les discussions qu'on reproche à rÉcole ne me paraissent pas si blâmables.

Quand Bacon dit aux scolastiques : Au lieu de disputer pour savoir, par exemple, si le bien est quelque chose de supérieur à l'être, an honum sit aliquid supra ens, vous feriez mieux d'agir, de faire œuvre de vos dix doigts, de travailler à des arts utiles, je comprends son langage, si je ne l'approuve pas, il est d'accord avec son point de vue utilitaire et borné. Mais je ne comprends pas les philosophes qui croient que les faits dépendent des idées, quand ils adressent aux scolastiques les mêmes reproches. Mais

la discussion n'est-ce pas l'épreuve des idées, comme l'expérience est l'épreuve des hypothèses physiques ?Convaincre son adversaire est-ce seulement triompher soi-même ou est-ce avec soi et avant soi faire triompher la raison ? On doit blâmer la subtilité qui trouve composé le simple et crée des distinctions arbitraires, on doit blâmer la discussion sophistique, mais on ne doit ni ne peut blâmer les distinctions, pour si subtiles qu'elles puissent être, pourvu qu'elles

soient fondées, mais on ne doit ni ne peut blâmer les discussions, pour si acharnées qu'elles soient, pourvu qu'elles soient loyales, courtoises, et qu'elles servent à la vérité. Encore une fois je ne me porte pas caution pour toute l'École, mais le peu que j'en connais me fait croire que sous ces distinctions il y avait autre chose que des mots, sous ces discussions autre chose que des artifices de sophistes vaniteux; il se pourrait que sous ces formes tant décriées, chose étrange! par des amis de la métaphysique et de la morale, ce qui se cache ne fût rien moins, je ne dis pas que la Religion, chose de peu, comme chacun sait, mais que la métaphysique et la morale elles-mêmes.

De tous ces reproches formulés par Bacon, découle une dernière critique. La méthode d'Aristote est propre à l'enseignement, favorise l'esprit de secte, Vipsédixitismey comme dira plus tard Bentham. On s'habitue à jurer d'après la parole du maître plutôt qu'à suivre docilement les enseignements de l'expérience. Au lieu de s'abandonner librement aux suggestions que peut fournir l'inépuisable variété de la nature, on emprisonne sa pensée dans les cadres tracés par la doctrine du maître ; bien plus, on empri-

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