‹ François BaconChapitre 30 sur 120 · III. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE · texte numérisé non relu

III. — LES SOPHISTES. — ARISTOTE

sonne la nature même dans d'étroites et sèches formules d'école (1). L'esprit asservi au joug de l'autorité s'accoutume à perdre toute liberté. Or, la nature est admirablement libre et féconde. Elle se transforme sans cesse et offre toujours des aspects nouveaux et imprévus. Suivre un maître, c'est s'éloigner d'elle, c'est étudier la botanique dans un herbier, que dis-je? dans un traité sec et incomplet, c'est étudier la géographie sur un atlas, et quel atlas ? un atlas vieux de dix huit siècles où les contours du quart de la terre ne sont même pas tracés. Aristote a été le maître, l'École a été l'élève. Les reproches de Bacon tombent à la fois sur le maître et sur l'élève. Qu'y a-t-il de fondé dans ces reproches ?

On ne peut contester d'abord que la tendance dogmatique de la physique d'Aristote n'ait eu peut-être pour résultat de paraître donner à la science des bornes fixes et trop arrêtées. A cause du petit nombre même des expériences et des faits connus de son temps, Aristote devait être naturellement porté à croire trop souvent que les limites de ses connaissances se confondaient

(1) Filum labyrinthiy frag. t. m, p. 503.

avec les limites des connaissances possibles, de là le ton décisif et dogmatique qu'on rémarque dans ses écrits. Il n'est cependant pas malaisé de discerner que ce ton est tout extérieur et qu'Aristote n'a nullement la prétention d'élever les colonnes d'Hercule de la physique que le vaisseau de Bacon s'est flatté -de dépasser (1). Bacon lui-même a dû le louer de ses observations, de son soin de rassembler des documents et des matériaux (2), de sa curiosité qui le fait se poser des questions et des problèmes (3). Quand il croit avoir découvert la vérité^ il est sans doute affirmatif et dogmatique, mais la manière même par laquelle il y est arrivé indique le moyen qui peut servir à le compléter ou à le réfuter. Son ton n'est véritablement tranchant que dans les questions de logique, de métaphysique ou de physique générale où il se croit en possession d'une démonstration véritable. Le reste du temps il expose les vérités de physique ou d'histoire naturelle auxquelles il croit être

(1) Au frontispice de la première édition ôuNovum Organum se trouvait une estampe montrant un vaisseau qui dépasse les colonnes d'Hercule.

(2) De Augm. 1. ii, 2, 1. 1, p. 498.

(3 Ibid. 1. III, 4, 1. 1, p. 562.

Page 1