III. — LES SOPHISTES. — LA SCOLASTIQUE
parvenu et il les donne, non comme des vérités absolues, mais comme les résultats de Texpérience. L'expérience qui les a établies est donc aussi apte à les renverser.
Mais il est vrai qu'Aristote a été appelé le Maître. Et si le maître n'était pas tyrannique, l'élève du moins a été par trop timide et docile. En quoi il y a bien quelque vérité, mais tout non plus n'est pas vrai. Si en effet et en général il est vrai que les docteurs du moyen-âge n'aimaient pas à s'assurer sur eux seuls mais à appuyer leurs opinions de l'autorité d'un Ancien illustre, il n'est pas juste de dire qu'ils s'asservissaient à l'autorité d'un • seul maître , non pas même d'Aristote. Quand leur maître ordinaire leur paraissait en défaut, ils n'hésitaient pas à lui en opposer un autre, à Aristote Platon, ou Pline, ou Sénèque, ou saint Augustin, ou Jean Damascène. C'est ainsi qu'ils choisissaient parmi les autorités. Mais se soumettre à une autorité de son choix est-ce quelque chose de bien différent de la liberté ? Et même si aucune autorité n'avait formellement soutenu l'opinion qui leur paraissait la meilleure, ni Albert le Grand, ni saint Thomas, ni Duns Scot ne se faisaient faute de proposer ouvertement leur solution.
Mais, reprend Bacon, la preuve que renseignement scolastique a été vicieux, c'est que les sciences sont' restées stationnaires durant tout le moyen-âge (1). On connaît l'arbre à ses fruits. Or, les sciences ne sont pas maintenant plus avancées qu'elles n'étaient du temps d'Aristote. La doctrine du philosophe est donc une doctrine stérile et inféconde. Tel est le langage tenu par Bacon, langage partout et si souvent répété qu'il est devenu un lieu commun.
La seule réponse à faire consiste à rappeler les principales découvertes du moyen-âge. Il est juste cependant de faire remarquer d'abord qu'après l'invasion des barbares oii avait péri toute l'ancienne civilisation^ le plus pressé était peut-être d'organiser l'État barbare, de constituer les nations européennes, et pour cela de consolider les mœurs et de trouver les lois de l'existence nouvelle. Ce n'est qu'après ce premier travail, quand la féodalité est à peu près constituée vers le XII^ siècle, que les recherches plus spéculatives et moins immédiatement nécessaires purent se donner carrière. C'est à ce moment que se place le magnifique épanouis-
(1) Sap. veter. xiii.