III. — LES SOPHISTES. LA SCOLASTIQUE
sèment de la philosophie et de la science scolastiques, du XIP à la fin du XIV*^ siècle, de saint Anselme à Ockam.
Or, s'il est commun de dire que les sciences n'ont fait durant le moyen-âge aucune espèce de progrès, il n'est nullement prouvé que ce soit là une vérité. Il suffira à notre dessein de rappeler quelques-uns de ces progrès, renvoyant pour les détails aux histoires spéciales.
En mathématiques, Gerbert enseigne au X« siècle a diverses méthodes ingénieuses pour mesurer presque sans calcul des distances et hauteurs inaccessibles, au moyen d'un instrument obscurément décrit, qu'il appelle Hbrosco]9ws»(l). Le même Gerbert emprunte aux Arabes l'arithmétique dont nous faisons usage aujourd'hui. Il construit une horloge mécanique et « des oi^ues hydrauliques où le vent poussé d'une manière merveilleuse par la violence de l'eau, faisait donner des sons modulés à des flûtes d'airain» (2).
Au XIH« siècle, Montucla signale entre autres
(l)MoNTUCLA, Hist. des mathématiques, Part. m, 1. 1, A vol. in-io Paris, ah. \ii, 1. 1, p. 500.
(2) ID. Ibid. p. 501, 502.
BACOS. ~ 7.
Jordanus Nemorarius comme a très intelligent en géométrie et en arithmétique. Nous en jugeons ainsi par son traité du planisphère et ses dix livres d'arithmétique » (1). Jean de Halifax, plus connu sous le nom de Sacro-Bosco, écrit un estimable traité de la sphère resté longtemps classique ert commenté plus tard par le P. Clavius. C'est aussi au Xlll^ siècle que Montucla rapporte l'invention des verres de lunette (2), sinon de la longue vue et du télescope. Roger Bacon lui paraît mériter « plus d'éloges pour avoir senti l'utilité des mathématiques dans la philosophie naturelle, que pour avoir fait des découvertes qui les aient étendues » (3).
En astronomie, le roi Alphonse X de Castille employa une somme immense à la préparation et à la publication des tables Alphonsines qui rendirent faciles, malgré leurs défauts, les découvertes astronomiques ultérieures. Lui-même eut un vif sentiment de la confusion qu'apportait au système de l'univers l'hypothèse des épicycles proposée par Ptolémée dans VAlmageste.
(1) Ibid. p. 506.
(â) /6td. p. 51», Ibid. p. 513.
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« Si Dieu m'eût consulté, disait-il, je lui aurais donné un bon conseil et j'aurais fait le monde plus simple » (1).
La propriété qu'a l'aiguille aimantée de se tourner vers le nord était connue dès le XIP siècle, bien que l'invention de la boussole qui utilisa cette propriété ne remonte sans conteste qu'au commencement du XIV*^ siècle (2). Cette seule invention dont Bacon a si bien compris les magnifiques effets aurait dû le rendre moins sévère pour les temps qui l'ont précédé. Il est vrai qu'à ses yeux cette invention avait sans doute le tort d'être due au hasard tandis qu'il prétendait enseigner le moyen d'en faire de méthodiques. C'est bien auparavant que Gerbert fabrique l'orgue hydraulique dont nous avons parlé et que fut construit l'orgue à soufflets de 400 tuyaux qu'Elfeg, évêque de Winchester, fit placer en 951 dans son église (3). Si ces inventions ne lui paraissaient pas assez utiles. Bacon aurait dû au moins reconnaître au moyenâge la gloire d'en avoir fait deux autres tout à fait conformes à celles que demandait son génie
(l)/&td. p. 511.
(2) Ihid. p. 521.
(3) Ibid, p. 531
utilitaire, celle des moulins à vent que Montucla croit pouvoir placer du VIII® au X® siècle, et celle des moulins à papier que le même savant rapporte au XIV® siècle (1). C'est encore vers cette époque de prétendue barbarie que « la mécanique s'enrichit de l'invention des horloges à roue, soit fixes, soit portatives». On peut voir dans Montucla la description des merveilles •d'horlogerie construites en Angleterre par Richard Wallingfort en 1366 pour son abbaye de Saint-Alban (2), et en Italie parles deuxDondis, père et fils (3). Bacon aurait dû négliger d'autant moins de mentionner cette dernière invention qu'à l'inverse de quelques-unes des précédentes, elle s'est faite peu à peu, progressivement et par méthode. On ne peut nier non plus qu'elle ne soit des plus utiles pour augmenter la puissance de l'homme sur la nature. On voit par là que dans la condamnation sommaire qu'il porte sur le moyenâge, Bacon s'inquiète plus de frapper fort que de frapper juste. C'est ce que l'histoire des sciences autres que les mathématiques, l'astronomie et la mécanique, va encore nous montrer.
(1) Ibid.
(2) Ibid. p. 529.
^3) Jbid. p. 534.