‹ François BaconChapitre 34 sur 120 · III. — LES SOPHISTES. LA SCOLASTIQUE · texte numérisé non relu

III. — LES SOPHISTES. LA SCOLASTIQUE

diffère de celui d'Aristote en ce qu'il prend l'homme a comme point de départ et comme terme de comparaison de tout ce qui concerne le règne animal » (1), et se trouve ainsi le prédécesseur de Guvier (2) et de Blainville (3), Tandis que jusqu'au commencement de ce siècle la plupart des anatomistes commencent la description ostéologique de l'homme par le crâne, Albert le Grand commence par la description de la colonne vertébrale et est ici encore un prédécesseur de Blainville (4). Il va même jusqu'à entrevoir l'organisation vertébrale du crâne (5). Alors que la plupart des anatomistes faisaient de la ceinture du bassin un système d'os particuliers, Albert le Grand « n'y voit qu'une dépendance des membres postérieurs et des os essentiellement liés au mécanisme de ceux-ci » (6). « Il est le premier, dit Blainville, qui ait pensé à déterminer les facultés de l'âme d'après les organes extérieurs du

(1) PoucHET. op. cit. c. V, p. 268.

(2) Anatomie comparée. Paris, 1846.

(3) De l'organisation des animaux. — Paris, 1822,

(4) Ostéographie^ Paris, 1839, 1. 1, p. 7 (5)PouCHET. — Ibid. p. 271.

(6) ID. Ibid. p. i70.

crâne. Aristote avait déjà donné un traité de physionomie, et Théophraste y avait ajouté ses Caractères^ mais Albert le Grande dans le siècle duquel cette science était en grande vogue, contient eh germe la théorie de Gall et de son disciple Spurzheim » (1). Certains passages montrent même que la cause des différences extérieures du crâne se trouvait pour Albert le Grand dans la conformation intérieure du cerveau, de sorte qu'on retrouve en lui d'une façon assez inattendue un partisan des localisations cérébrales.

Dans les observations de détail, c'est Albert le Grand qui a le premier décrit d'une façon précise la pêche de la baleine, il a connu l'origine du blanc de baleine, il donne des particularités intéressantes sur les castors, il distingue l'ours blanc de l'ours brun en s'appuyaht, non sur sa couleur mais sur ses habitudes aquatiques ; le premier il décrit la zibeline et quelques autres animaux à fourrure. Presque seul de son époque il soutient qu'aucun oiseau ne peut être engendré par un arbre, et il s'élève avec vigueur contre une génération de ce genre attribuée aux

(1) H^^des sciences de l'organisation. Paris. 1845. t. i£,p. 79.

ni. — LES SOPHISTES. LA SCOLASTIQUE 105

bernaches(l). Malgré Tautorité des anciens et de Pline en particulier, il soutient que la salamandre ne peut vivre dans le feu, et il cherche à le prouver par des expériences. Il signale Texistence de la double conque auditive chez les chauves-souris. Il décrit minutieusement l'espadon. En botanique, c'est au XIII^ siècle que remonte l'art de conserver les plantes dans les herbiers (2), découverte qui eut la plus heureuse influence sur le développement ultérieur de cette science. Albert le Grand a soigneusement étudié la graine « et est parvenu à reconnaître la partie la plus essentielle de cet organe, et qui en est souvent la partie la moins apparente, l'embryon » (3). Il expose avec exactitude sa situation et ses formes et, sans microscope, fraie ainsi les voies à Leuwenhœk et a Malpighi. Enfin, dit Pouchet, « en résumant les écrits d'Albert sur la botanique, on reconnaît qu'il a posé cette science sur ses véritables bases ; on y trouve une distinction rationnelle en-

(1) De harbatibus. — Opéra, Lugduni, 1651, t. vi, p. 613.

(2) De MiRBEL. Naissance et progrès de la botanique (Eléments de physiologie végétale^ Paris, 1815, p. 517).

(3) De Blainyille ~ H^^ des sciences de l'organisation^ t. n, p. 81). — Cité par Pouchet, op. cit. p. 304.

tre les animaux et les plantes. Au XIII® siècle, il soutient absolument la même thèse que celle que nous développons aujourd'hui dans nos amphithéâtres, à savoir : que les premiers sont caractérisés par le luxe des appareils sensitifs et locomoteurs ; les secondes, par leur absence, par l'immobilité et l'insensibilité.

(L L'anatomie végétale lui doit d'avoir fait connaître les principales formes delà fleur, qui, quatre siècles plus tard, servirent à Tournefort pour les bases de sa méthode naturelle.

« En physiologie, il devint sinon le précurseur de notre époque, au moins l'explorateur audacieux de phénomènes que nous devions ap-' précier rigoureusement.

(( Enfin, par rapport à la botanique descriptive, nous lui devons l'exposition de la caractéristique claire et précise d'un certain nombre d'espèces » (1).

En minéralogie, le savant dominicain n'est pas moins remarquable. « Ce qui caractérise I0 traité De rébus metalliciSy dit Dumas, c'est l'exposition savante, précise et souvent élégante des opinions des anciens ou de celles des

(1) Op. cit. p. 308. Voir une Conférence de la Revue scientifique fm-ài 1889, où A. le Grand est fort bien traité.

Page 1