‹ François BaconChapitre 38 sur 120 · III. — LES SOPHISTES. LA SCOLASTIQUE · texte numérisé non relu

III. — LES SOPHISTES. LA SCOLASTIQUE

chapitre, nous pouvons dire que de son point de vue utilitaire Bacon a eu raison sans doute de reprocher à Aristote et à ses successeurs d'avoir fait passer la théorie avant la pratique, la contemplation avant Taction, la science avant le

bénéfice que Thumanité peut en retirer, c'est seulement une question de savoir si son point de vue est le plus légitime et le meilleur. Mais Bacon n'était pas fondé à dire qu'Aristote et ses successeurs n'avaient connu ni l'expérience, ni l'induction ; il a eu tort de dire que depuis les Grecs, il ne s'était fait aucune invention, que ni les sciences ni les arts n'avaient fait aucun progrès et qu'on n'avait fait que répéter sottement les billevesées des anciens. Pour être juste, il aurait dû se souvenir que le moyen-âge avait eu la tâche immense de faire entrer les Barbares dans la civilisation romano-chrétienne, de défendre l'Europe menacée par les Musulmans, de constituer les nationalités et les lois. Non content de s'acquitter de cette tâche, le moyen-âge a encore conservé par la plume de ses moines les richesses littéraires et scientifiques de l'antiquité ; par la truelle de ses architectes et le ciseau de ses sculpteurs, il a couvert l'Europe de magnifiques monuments civils et religieux; par la parole et la plu-

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me de ses docteurs, il a su s'assimiler et augmenter encore le patrimoine scientifique qu'il avait hérité des anciens, amasser d'innombrables matériaux pour les chercheurs de l'avenir et préparer ainsi les voies à la science moderne. Voilà ce que la justice doit rappeler et ce qui suffit à la gloire du moyen-âge. Mais Bacon ne pouvait pas être juste. Le moyen-âge avait cultivé la métaphysique et la science désintéressée, c'était en cela surtout que consistait son aberration aux yeux de Bacon. Ses ouvrages lui paraissaient viciés dans leur source. Il les condamna tous ensemble et sans examen. Il ne visait à rien moins qu'à détruire l'esprit même dont avait vécu le moyen-âge. Il voulait établir un ordre nouveau opposé à l'ordre ancien. Il ne pouvait être juste, les révolutionnaires ne le sont jamais, parce que la violence et la passion sont le contraire même de la justice et que les révolutions ne peuvent se faire que par la passion et la violence.

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