‹ François BaconChapitre 4 sur 120 · I. — LES GRECS MÉDITATIFS · texte numérisé non relu

I. — LES GRECS MÉDITATIFS

rie scolastique ne fait guère que répéter docilement les dogmatiques leçons de l'antiquité grecque (1).

Au sortir de la barbarie scolastique, dans les divers ordres de sciences, on sent enfin qu'il faut se mettre à l'école de la nature au lieu de vouloir lui faire la leçon. En médecine, en alchimie, en physique, l'expérience découvre certaines lois vraiment scientifiques; mais emportés par la fièvre dogmatique, les heureux inventeurs de quelques lois particulières prétendent les imposer à l'universalité des choses, et ainsi naît un dogmatisme nouveau, presque aussi intempérant et présomptueux que l'ancien.

Cette classification des systèmes philosophiques nous indique l'ordre même dans lequel nous devons rendre compte des critiques que Bacon a faites de toutes les philosophies antérieures.

Bacon reconnaît qu'il pourrait rencontrer dans l'antiquité la plus reculée, probablement chez les Égyptiens, et chez les Grecs même, parmi les premiers philosophes qui se sont occupés de recherches sur la nature, des prédécesseurs de son

36 I. — LA POLKMIQUE

dessein (1). Il ne remonte pas jusqu'aux sages de la Grèce, parce que tous ces sages, à l'exception de Thaïes, ont négligé la philosophie naturelle au profit de la philosophie morale (2). Mais, à partir de Thaïes, un nombre imposant d'excellents esprits se sont attachés aux recherches sur la nature, ont fait des expériences, ont médité sur les voies et moyens que suit la nature pour arriver à ses fins, et ils paraissent avoir poursuivi le but même que s'est assigné Bacon. Il cite ordinairement Pythagore, Empédocle, Anaxagore, Heraclite, et en particulier Démocrite et Parménide.

Bacon semble avoir été moins frappé des différences de doctrine que présentent les fragments qui nous sont restés de ces auteurs que de certaines ressemblances générales de méthode et d'expression. Il dit bien qu'il les a étudiés avec grand soin, et il indique avec complaisance les diverses sources où il a pris connaissance de leurs théories, traités d'Aristote et dialogues de Platon, Vies de Diogène Laerte, écrits de Plutarque, etc., mais il semble avoir rapporté de cette

Page 1