‹ François BaconChapitre 5 sur 120 · I. — LES GRECS MÉDITATIFS · texte numérisé non relu

I. — LES GRECS MÉDITATIFS

étude une impression d'ensemble plus qu'une connaissance du détail des doctrines.

Ce qui a dû le frapper surtout chez eux^ ce dont il les loue en maint endroit, c'est que ces philosophes n'enseignaient pas. Ils n'avaient pas d'école, point de disciples attitrés. C'étaient d'honnêtes gens, de grands citoyens conversant librement avec leurs familiers sur les phénomènes qui les avaient frappés, et communiquant ainsi le résultat de leurs expériences et de leurs méditations, sans autre préoccupation que de découvrir la vérité^ d'être utiles à leurs auditeurs. Point de pédantisme, point de suite dans l'enseignement, partant point de système, point d'esprit dogmatique et sectaire. Tous les jours nouveau sujet de méditation et nouvel enseignement sans que le philosophe eût à s'inquiéter de rester d'accord le lendemain avec les enseignements de la veille. L'École est la mort de la philosophie, car le maître veut régenter ses disciples, il veut avant toute chose imposer ses opinions, il ne respecte pas la liberté d'esprit de ses élèves, il leur donne ses rêveries comme des oracles de la nature, puis, pour ne pas infliger un démenti à son orgueil, il se condamne non seulement à ne jamais se con-

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tredire, mais encore à systématiser son enseignement, de telle sorte que Terreur ou la vue incomplète de la veille prépare et rend nécessaire une erreur pour le lendemain. Tels sont les reproches que Bacon adresse sans relâche à renseignement dogmatique des écoles (1), enseignement dont il fait remonter l'origine aux sophistes. Les philosophes qui ont précédé les sophistes n'ouvraient point d'écoles, ils étaient donc sur ce point d'accord avec Bacon et il ne peut que les en louer.

De plus, Bacon a remarqué chez eux des ancêtres de sa doctrine, d'abord en ce qu'ils usaient de l'expérience et soumettaient leur esprit aux choses et non les choses à leurs idées , ensuite parce qu'ils n'ont pas séparé la matière du principe de son mouvement. C'est ainsi qu'il dit que les sytèmes des Grecs sur les principes primitifs supposent beaucoup de profondeur et de nombreuses recherches (2) et c'est pour cela qu'il relève avec soin cette opinion de Thaïes qui attribuait des âmes à tous les corps (3).

(1) Cf. N. 0. 1. I, 116, 117, t. I, p. 211, 212, etc.

(2) Sapient. veier. , t. v.

(3) De Atigm. 1. i, v, c. 3, t. i, p. 611.

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