IV. — LES SCIENCES INCOMPLÈTES
science diffère de celle que cherche Bacon autant que les fables d'Arthur diffèrent des Commentaires de César (4). Ainsi Terreur des magiciens consiste à prendre un accident heureux pour une règle constante, et à croire qu'il y a entre les choses des antipathies ou des sympathies occultes. Mais on ne peut rien fonder de solide et de certain sur ce qui par essence est inconnu. Le dessein de Bacon est au contraire de fonder la pratique sur la théorie, et de ne rien laisser au hasard et à l'imprévu dans les arts utiles. Nous aurons à déterminer plus tard comment il comptait y arriver, en ce qui concerne la magie naturelle, par la connaissance des formes.
De la magie à l'alchimie il n'y a qu'un pas, et Bacon constate lui-même que les alchimistes l'ont souvent franchi (2). Il dit encore qu'il y a trois arts qui tiennent plus de l'imagination et de la foi que de la raison et des démonstrations, ce sont l'astrologie, l'alchimie et la magie naturelle (3). Tout le monde sait en quoi consistait le rêve des alchimistes: trouver le moyen de faire
(1) De Augm. 1. m, c. 5, t. i, p. 573.
(2) Redargut. philos, t. lu, p. 57G.
(3) De Augm. 1. i, t. i, p. 4-56.
de Tor, soit en dégageant la matière première d'un corps quelconque sur laquelle ils n'auraient plus eu qu'à greffer les accidents de l'or, . soit en découvrant une poudre capable de changer en or un corps quelconque par sa simple projection (1). Bacon, nous aurons l'occasion de le constater, était loin de trouver déraisonnable le but poursuivi par les alchimistes (2), mais les moyens proposés jusqu'alors lui paraissent pleins d'erreurs et d'impostures dans la pratique, et la théorie lui semble ainsi reposer sur de pures imaginations (3). Les alchimistes vieillissent et meurent dans l'espérance, ils imputent leurs insuccès à leurs propres erreurs, soit parce qu'ils interprètent mal leurs auteurs, les écrits traditionnels où sont données les formules du grand œuvre, soit parce qu'ils ne savent pas reproduire exactement les expériences des grands maîtres égyptiens ou arabes (4). On
(1) Voy. Berthelot. Les Origines de l'Alchimie in-S y Paris, 1885. 1. m, c. I, § 2, p. 266, 276; c. 2, § i, p. 280.
(2) The Work itself I judge to be possible. Nat. histor. ccnt.vr, 326. t. Il, p. 448.
(3) Ibid. — De Augm. 1. i, p. 457. — J)e sap. veter, xxix, t. VI, p. 682.
(4) Fil. labyrint. t. m, p. 496. — Cogit. et vis. t. m, p. 592.