IV. — LES SCIENCES INCOMPLÈTES
peut cependant comparer les alchimistes au laboureur dont parle Ésope ; comme les fils du laboureur, les chimistes, à force de travailler au hasard, sont arrivés à de véritables découvertes (4). Ici encore, ce qui est défectueux, c'est moins 4e but qu'on poursuit que les moyens que Ton prend et la mauvaise philosophie sur laquelle on fonde la théorie.
Ce qu'il vient de dire de la magie et de Talchimie. Bacon le répète à peu près dans les mêmes termes de l'astrologie. Ici encore on trouve beaucoup de superstitions et de rapprochements fortuits. Il ne suffit pas qu'un enfant soit né sous le signe d'Hercule pour qu'il soit fort et courageux. Bacon cependant ne rejette pas absolument l'astrologie.
On sait comment la divination par les astres, pratiquée dès la plus haute antiquité par les Mages chaldéens et persans, a trouvé dans la philosophie d'Aristote un fondement qui a rendu l'astrologie fort populaire au moyen-âge. D'après Aristote, le premier moteur immobile communique directement le mouvement au ciel des étoiles fixes, et ce ciel à son tour transmet le
(i) De Augm. 1. 1, p. 457. — N. 6. i. 85, 1. 1, p. i93.
Bacon. — 9.
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mouvementaux cieux planétaires inférieurs et par eux à la terre et à tous ses habitants. De là suit une sorte de fatum. Des mouvements supralunaires dépendent les mouvements sublunaires et, par conséquent, les premiers étant connus on peut en déduire les seconds. C'est là tout le fondement de l'astrologie. Elle prétend lire dans le ciel les destinées de la terre. Bacon ne rejette pas complètement ces prétentions. Il veut seulement que des observations mieux faites^ avec plus de suite et plus de soin, permettent d'établir des lois bien constatées de la détermination de telle ou telle action terrestre. Sous cette réserve, il pense que l'astrologie peut faire des prédictions certaines (4), elle doit être purgée plutôt que tout à fait rejetée. Les planètes ont en effet quelque influence sur le caractère (2) ; l'action des corps célestes s'exerce surtout sur les corps légers, sur les peuples plutôt que sur les individus isolés, et enfin Bacon estime que si les astres inclinent, ils ne nécessitent pas, faisant sienne cette ancienne parole des astrologues que Leibnitz devait plus tard
(1) De Augm, 1. m, c. 4, 1. 1, p. 558.
l^l Ihidi I. VII, c. 3, 1 1, p. 73â.