‹ François BaconChapitre 43 sur 120 · IV. — LES SCIENCES INCOMPLÈTES · texte numérisé non relu

IV. — LES SCIENCES INCOMPLÈTES

citer si souvent: Ai^tra inclinant non nécessitant (1).

A côté de ces sciences d'imagination et infestées de superstitions, il n'est pas injuste de placer la médecine encore dans l'enfance, encombrée de formules indigestes et d'appareils charlatanesques. Deux écoles de médecine se disputaient la prééminence à la fin du XVP siècle, les empiristes et les iatro-chimistes avec Paracelse à leur tête.

Les empiristes: s'en tenaient à l'emploi des remèdes reconnus comme efficaces par la pratique de leurs devanciers. Quand, par un hasard heureux, une préparation ou un breuvage avait fait disparaître un symptôme morbide quelconque, cette préparation ou ce breuvage étaient aussitôt regardés comme les spécifiques de ce symptôme. Si plusieurs symptômes se trouvaient réunis, les médecins empiristes s'imaginaient devoir les combattre tous en combinant ensemble les divers spécifiques de chaque symptôme particulier. De là un codex encombré de préparations extraordinairement complexes, onguents, électuaires et opiats où les substances les plus bi-

(1) Ibid. 1. III, c. 4, t. I, p. 5S4.

i32 I. — LA POLÉMIQUE

zares et les plus inefficaces se trouvent mêlées aux plus violentes. Parfois le remède est suggéré par une prétendue sympathie, comme le fameux remède de Sganarelle contre le mutisme. On donne du pain trempé dans du vin aux perroquets, les perroquets muets mangent dû pain trempé dans du vin et parlent, donc les muets guériront s'ils mangent a quantité de pain trempé dans du vin ». Ce n'est pas l'imagination comique de Molière qui a inventé ce remède; on peut lire dans le livre du médecin Sanchez: De admirahili scientia quùd nihil scitur (1), l'observation sur laquelle répose le raisonnement de Sganarelle. Le plus grand défaut de l'empirisme fut de combattre les symptômes plutôt que la source morbide dont les symptômes ne sont que la manifestation. Les mêmes symptômes se retrouvent quelquefois dans des maladies très différentes, aussi Bacon reproche-t-il aux médicaments en usage de convenir à des classes entières de maladies et de n'être pas adaptés à chaque maladie particulière (2). Il accuse encore les médecins de regarder les choses comme du haut d'une tour

(1) In-12 Francfort, chez Bernerus, 16i8, p. i08.

(2) De Augm. 1. iv, c. 2, 1. 1, p. 596

Page 1