IV. — LES SCIENCES INCOMPLÈTES
d'une façon trop vague, de s'attacher aux généralités et de ne pas suivre avec assez de soin le détail des maladies (1). Aussi ne font-ils aucun progrès, les yeux toujours fixés sur leurs maîtres et leurs devanciers dont ils n'osent s'écarter. Quand ils ne connaissent point de remède à une maladie, ils la déclarent incurable et abandonnent le malade. Ils devraient au moins tâcher d'apaiser ses douleurs et de lui procurer une mort paisible (2). C'est ainsi que les médecins ont imputé la faiblesse de leur art à des^ impossibilités imaginaires (3). Rien n'est impossible à la science. Ce qui fait l'infirmité de la médecine c'est qu'elle n'est pas fondée sur la philosophie (4), c'est-à-dire, dans le langage de Bacon, sur la véritable méthode scientifique. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que les méde-^ cins arrivent à si peu de résultats, on dirait à voir leurs travaux qu'ils s'occupent de tout, excepté de médecine . C'est ainsi qu'on trouve chez eux des poètes, des antiquaires, des critiques, des rhéteurs, des politiques et des théo-
(1) Ibid. p. 590.
(2)/6id. p. 595.
(d) Fil. labyrint. t. m, p. 496.
(4) De Augm. 1. iv, c. 2, t. i, p. 590
logiens (4). Mais on y chercherait en vain des anatomistes, des observateurs patients et sagaces ayant de la constance et de Tesprit de suite (2), tenant exactement note des symptômes, du traitement et de rissue des maladies qu'ils ont soignées (3).
Il y avait cependant, du temps même de Bacon, une école médicale qui prétendait se fonder sur une philosophie scientifique. Paracelse dont Severin le Danois avait éloquemment exprimé la doctrine dans son ouvrage Idea Medicinœ philosophicœ (4), a prétendu que l'homme étant un microcosme devait renfermer en lui les éléments chimiques qui forment la matière de l'univers. Que la proportion d'un de ces éléments, avec les autres vienne à être troublée et aussitôt une maladie se déclare. Les trois éléments chimiques du monde étant, selon Paracelse, le soufre, le mercure et le sel, il s'ensuit que toute maladie est produite par l'excès ou le défaut d'une de ces substances
(1) Ibid. p. 589
(2) Ibid. p. 598.
(3) Ibid. p. 592.
(A) Ibid. 1. ni, c. 4, 1. 1, p. 567.