‹ François BaconChapitre 45 sur 120 · IV. — LES SCIENCES INCOMPLÈTES · texte numérisé non relu

IV. — LES SCIENCES INCOMPLÈTES

dans le corps humain. Ces principes étant posés, tout le diagnostic consiste à déterminer d'après les symptômes morbides quel est l'élément qui est en excès ou en défaut, et la médication consistera soit à faire évacuer l'excès, soit à ingérer la quantité de l'élément chimique qui fait défaut à la bonne constitution du malade. Tels sont les principes de l'iatro-chimie que Bacon raille vivement dans le Temporis partus masculus (1). Ce qu'il reproche surtout à Paracelse, c'est de promulguer des décrets arbitraires plutôt que des lois tirées de l'observation. Où a-t-il pris que l'homme est un microcosme sinon danslos préjugés de l'antiquité, et comment a-t-il prouvé que tous les éléments chimiques se réduisent à la triade, que tout se ramène au soufre, au sel et au mercure?

On voit que Bacon n'épargne pas la critique à la science de son époque. On désirerait sans doute qu'il s'en tint moins lui-même à de vagues généralités et qu'il précisât davantage les points sur lesquels porte sa critique. Et si l'on ne peut s'empêcher de reconnaître que toutes les critiques que nous venons de rapporter sont

fondées, on regrette cependant que Bacon ne paraisse pas plus instruit des grandes découvertes scientifiques qui ont illustré son siècle. C'est ainsi qu'il ne paraît pas se douter que Copernic s, renouvelé Tastronomie, et il méconnaît entièrement la valeur de son système (1). Il paraît ignorer que Kepler a découvert les grandes lois qui portent son nom et qui mettront plus tard Newton sur la voie de la découverte de l'attraction universelle(2). Ilmentionnéà peine, à la fin du Descriptio glohi mtellectualis(3) écrit en 1612, l'importante découverte des satellites de Jupiter que Galilée avait publiée dès 1611 daxis le Sydereus Nunciits. Une paraît pas connaître non plus les belles découvertes de Galilée en physique. Sa polémiqué contre les contemporains semble donc à la fois étroite et mal informée. Sans aller jusqu'à incriminer ses intentions ainsi que l'a fait Liebig, il faut bien reconnaître que, s'il a signalé quelques-uns des travaux scientifiques de son époque, il a ignoré ou

(1) V. Descript. glob. intellectuel, c. vi, t. m, p. 740.

(2) Le traité de Kepler de Motibus stellse Martis, publié en 1609, était très répandu en Angleterre en i610.

(3) Descript. glob. intel. c. vi, t. m, p. 767.

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