IV. — LES SCIENCES INCOMPLÈTES
méconnu les véritables savants qui l'honorent, et on est tenté de souscrire à cette phrase de Liebig: « Le jugement que fit Bacon sur Gilbert et sur Copernic est son propre arrêt de mort dans le monde scientifi<}ue » (1).
Bacon, en effet, tout en rendant justice aux magnifiques travaux de son compatriote Gilbert sur l'aimant, à ces travaux qui ont arraché un cri d'admiration à Galilée (2) ne fait pas moins de Gilbert le type de ce qu'il appelle la philosophie empirique. Cette école ne vaut pas plus aux yeux de Bacon que l'école sophistique et il lui fait deux reproches principaux: 1» elle ne s'attache qu'à une espèce de faits et y reste comme clouée; cette manière de procéder est aussi peu judicieuse qu'étroite et mesquine (3) ; 2<> Elle s'appuie sur un petit nombre d'expériences restreintes à un sujet , et prétend fonder sur ces bases étroites un édifice entier de philo-
(1) Lord Bacon Trad. fr. 2* édit. 1 vol. in-18, Paris, 1877, c. V, p. 114.
(2) lo sommamente laudo, ammiro et invido questo autoreper essergli caduto ia mente concetto tanto stupendo circa cosa ma neggiata di infinito ingegni sublimi, etc. — Dialogi dell massimisistemi del mundo.
(3) N. 0. 1. 1, 70, 1. 1, p. 180. - Ib. 88. ib. p. 195.
Sophie (1 ), ce qui entraîne à des chimères, à des opinions plus étranges et plus monstrueuses que celles de la philosophie sophistique et rationnelle, car au lieu d'être basées sur les notions vulgaires, elles s'appuient sur les étroitesses obscures d'un petit nombre d'expériences (2). C'est toujours Gilbert que Bacon donne comme exemple de cette méthode, et, selon lui, il aurait renouvelé le système de Philolaiis (3).
(l)iV. 0.1.1,54,1.1, p. 169.
(2) Ib. 64. ib. p. 175.
(3) De Angtn. 1. m, c. 4, 1. 1, p. 564.