CHAPITRE I
LA CLASSIFICATION DES SCIENCES
Caractère encyclopédique de Tœuvre de Bacon. — Nécessité d'une classification des sciences. — Principe de la classification baconienne. — La classification. — Quel jugement doit-on en porter?
Nous avons déjà dit au début de ce travail (1) que le but poursuivi par Bacon lui imposait la nécessité de donner à son œuvre un caractère encyclopédique. Comment en effet arriver à Part suprême, à l'art d'inventer l^s arts si on ne connaît pas toutes les sciences, si on n'a pas approfondi leurs méthodes et leurs résultats ? Mais pour connaître et constituer les sciences il faut
(1) Introduction, p. 14.
connaître leur nombre et les relations qu'elles ont entre elles. Pour cela il est indispensable de passer en revue les diverses provinces du savoir humain et non seulement celles qui ont déjà été explorées, mais celles encore qui ont été négligées ou ignorées. Il faut donc procéder à un dénombrement exact des sciences.
Or, pour arriver à faire ce dénombrement, Bacon ne peut se contenter de passer en revue les sciences actuellement existantes et de les ranger par ordre. Il supposerait alors que toutes les sciences possibles sont déjà constituées et il ne le pense pas. Il ne peut non plus passer en revue tous les objets de la nature qui peuvent donner lieu à une science distincte et particulière, il risquerait d'omettre ceux qu'il ignore et ainsi son dénombrement des sciences serait incomplet. Il faut donc qu'il cherche une autre méthode.
C'est ainsi qu'il est amené à remarquer que «t la division de la science humaine la plus vraie est celle qui est tirée des trois facultés de l'âme raisonnable, où se trouve le siège de la science » (1). Ces facultés sont : la mémoire, l'imagi-
(i) De Augm. 1. ii, c. 1, t. i, p. 494.