‹ François BaconChapitre 49 sur 120 · I. — LA CLASSIFICATION DES SCIENCES · texte numérisé non relu

I. — LA CLASSIFICATION DES SCIENCES

ne sait en découvrir que Irois espèces, la narrative, la dramatique et la parabolique. Il omet, on ne sait pourquoi, la poésie lyrique.

A la raison ressortit la science proprement dite. Or, il y a deux sortes de sciences, ce celles qui ont été inspirées par la divinité, celles qui tirent leur origine de l'expérience sensible. Nous diviserons donc la science en Théologie et Philosophie. Nous entendons parler ici de la théologie inspirée ou sacrée, non de la théologie naturelle dont nous parlerons peu après. Nous réserverons la théologie inspirée pour en parler en dernier lieu afin de clore par elle nos discours ; puisqu'elle est le port et le repos de toutes les contemplations humaines » (1). Par ce texte important, Bacon se met en règle avec les théologiens et écarte, sous prétexte d'honneur, toutes leurs discussions de ses recherches rationnelles. Il promet bien de faire aboutir aux dogmes chrétiens toutes les vérités scientifiques, car si « peu de science éloigne de la religion, beaucoup de science y ramène » (2), mais cette promesse n'a pas été tenue et rien ne prouve qu'elle

(1) De Augm, 1. m, c. 1, t. I, p. 539.

(2) Ibid. 1. I, 1. 1, p. 436

Bacon, — 10,

fût sincère. Je ne prétends pas suspecter les affirmations réitérées de Bacon en faveur de la foi chrétienne, il avait trop d'imagination et de sympathie esthétique vis-à-vis des belles choses, pour n'avoir pas senti la beauté du dogme chrétien, mais il me semble difficile d'admettre qu'il ait voulu faire de son Instauratio magna une sorte de préface de^a théologie sacrée.

Bien qu'il emploie à en marquer les divisions le dernier livre, très bref d'ailleurs, du De Augmentis, on ne voit pas où Bacon pourrait placer la théologie dans le plan que nous avons indiqué. Il nous paraît donc que Bacon a voulu donner un prétexte poli pour ne pas se préoccuper dans ses recherches des dogmes théologiques. Les expressions emphatiques dont il se sert, très révérencieuses en apparence, ne manquent pas d'une secrète ironie. La théologie vient après les sciences comme le sabbat après les jours de travail^ cela ne veut-il pas dire que les savants et les philosophes travaillent tandis que les théologiens se reposent, de sorte que les premiers seuls font œuvre vraie tandis que les seconds ne font rien?

La lumière naturelle ne peut d'ailleurs nullement servir à fonder la vérité religieuse. A elle

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