‹ François BaconChapitre 50 sur 120 · I. — LA CLASSIFICATION DES SCIENCES · texte numérisé non relu

I. — LA CLASSIFICATION DES SCIENCES

seule elle ne peut nous manifester la volonté de Dieu et nous faire connaître son culte légitime. On ne peut même, à l'aide des seuls principes de la raison humaine, raisonner sur les mystères de la foi, ou chercher à les inculquer avec plus de force, ou encore les analyser dans un certain détail (i). Bacon condamne donc la tentative des théologiens scolastiques qui ont voulu autant que possible rationaliser la foi et faire de la théologie une science véritable. Ce mélange lui parait dangereux et pour la foi, à laquelle on finira par demander des preuves qu'elle ne pourra pas fournir, et pour la science que la crainte de se trouver en opposition avec le dogme retiendra dans un immobile esclavage (2). Il faut donc laisser à la foi ce qui appartient à la foi (3) et séparer définitivement le spirituel du temporel, la théologie de la philosophie, et la foi de la raison. Bacon se trouve ici d'accord avec Luther et la plupart des théologiens de la Réforme, qui accusent le» scolastiques d'impiété pour avoir essayé d'ajuster les dogmes au niveau de la raison. Le liber-

(1) De Augm. 1. m, c. 2,

(3) De Augm. ibid.

tinage et Tincrédulité sont, d'après eux, le résultat de la manie de raisonner sur les mystères qu'ont introduite les scolastiques. Mais Bacon était plus préoccupé de sauvegarder les intérêts de la science que les droits de la religion, et il a voulu beaucoup moins empêcher les savants de se mêler de théologie qu'enlever aux théologiens tout prétexte de se mêler de philosophie. Le passage du Novum Organum que nous rappelions tout à l'heure est un acte d'accusation en forme contre l'intolérance des théologiens. La philosophie et les sciences sont bien et dûment séparées de leur ancienne maîtresse, elles sont émancipées et, pour ainsi dire, laïcisées.

La raison a un triple objet d'étude, la nature, l'homme et Dieu. Elle connaît chacun de ces objets d'une manière différente ou, comme s'exprime Bacon, par trois rayons différents. Elle connaît la nature par un rayon direct. Dieu par un rayon réfracte et l'homme par un rayon réfléchi (1), ce qui veut dire que nous n'avons qu'à ouvrir les yeux, à recueillir nos impressions sensibles pour connaître directement la nature, tandis qu'il nous faut user de raison-

(1) De Augm. 1. m, c. 1, 1. 1, p. 540.

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