‹ François BaconChapitre 52 sur 120 · I. — LA CLASSIFICATION DES SCIENCES · texte numérisé non relu

I. — LA CLASSIFICATION DES SCIENCES

ce à des observations scientifiques. Il semble jici que Bacon veuille constituer quelque chose d'analogue aux catégories de l'ancienne métaphysique. Il prétend qu'il n'en est rien et il dit qu'au lieu de se demander ce que c'est que le peu et le beaucoup, le semblable et le différent, comme le font les métaphysiciens, il voudrait qu'on recherchât pourquoi telle classe d'êtres est très nombreuse tandis que telle autre est plus rare, pourquoi il y a des choses qui participent à deux ressemblances et forment comme l'intermédiaire entre deux espèces différentes. Ainsi d'après lui serait constituée une véritable science des Transcendants (1).

Autant qu'on peut démêler sa pensée vraiment obscure, surtout pour ce qui regarde les conditions ou transcendants, il semble que Bacon ait voulu dans la Philosophie première remplacer l'ancienne métaphysique.

La métaphysique scolastique en effet, telle qu'elle est à peu près définitivement organisée au XIVo siècle, et qu'elle se trouve, par exemple, enseignée par un contemporain de Bacon, Suarez, se proposant pour objet la connaissance

(1) De Augm. 1. m, c. 1, t. i. 543-544.

de rètre en tant qu'hêtre, après avoir étudié en général l'essence, les causes et les divisions de Têtre (1), distinguait dans l'être la substance et l'accident (2) et étudiait la catégorie de la substance (3). C'est à cette première partie de l'ancienne métaphysique que correspond la science des axiomes. Les autres catégories de l'accident, la quantité, la qualité, la relation, la puissance, etc. (4), étaient ensuite étudiées par les métaphysiciens. C'est évidemment à cette partie que correspond la science des transcendants, comme nous le prouve d'ailleurs son autre nom. Le mot adventice est en effet l'équivalent du terme accident. On voit donc quel a été le but de Bacon, remplacer l'ancienne métaphysique, abstraite et construite de toutes pièces par l'esprit à l'aide de la déduction, par une métaphysique réelle, extraite des choses mêmes, et où, au lieu de discuter sur des catégories idéales de quantité ou de qualité, on donnerait des raisons positives de l'existence réelle de telle quantité ou de telle qualité. Ici comme partout, Bacon est

(1) SuAREz. Disputât, metaph. i-xxxi.

(2) Disp. xxiii.

(3) Disp, xxxiii-xxxvi.

ifil Disp. xxKVii ad fmatn.

Page 1