I. — LA CLASSIFICATION DES SCIENCES
point ce que pensaient à peu près tous ses contemporains.
La science d« la nature se divise en deux classes, la science spéculative et la science pratique. A chaque science spéculative correspond une science pratique. Ainsi à la Physique, qui comprend Tétude des causes efficientes et des causes matérielles, correspond la Mécanique, et à la Métaphysique, qui comprend Tétude des formes et des causes finales, correspond la Magie naturelle. La Mécanique est l'art de construire des machines et de produire des mouvements, il faut donc connaître pour la fonder et les causes efficientes ou les forces, et les causes matérielles ou les divers matériaux dont l'assemblage doit constituer les machines. La Magie naturelle n'a besoin quede l'étude des formes, ainsi que nous le verrons plus loin. Il n'y a donc pas de science active qui corresponde à l'étude des causes finales. Cette étude est stérile et comme la vierge consacrée au Seigneur, n'est capable de rien enfanter (1). Ainsi s'explique cette parole si souvent reprochée à notre auteur. Il n'a pas nié l'existence des causes finales dans la nature, il
(1) De Augm. I. m, c. 5, 1. 1, p. 571.
en a même expressément reconnu Texistence, puisqu'il en fait un des objets de sa métaphysique (1), mais il croit que leurj étude est inutile à son dessein, qu'elle ne peut servir à produire aucune découverte utile, quelle ne peut augmenter l'empire de l'homme sur la nature, quelle n'engendre ni fruit ni progrès. C'est donc une étude qui peut avoir un objet, mais une étude oiseuse bonne pour un dilettante, condamnable dans un- philanthrope. Ainsi Bacon nous paraît être, vis-à-vis des causes finales, moins rigoureux que Descartes qui disait : « La rech erche des causes finales peut être utile à la piété, mais ne sert de rien à la science ï> ; Bacon au moins leur assignait une place dans la science. Mais si Bacon nous paraît ici avoir un léger avantage sur Descartes, il le perd bien vite, quand on poursuit l'étude de sa classification des sciences. Tandis en effet que Descartes faisait des mathématiques les plus importantes des sciences de la nature, celles auxquelles devaient se ramener toutes les autres pour devenir claires et distinctes, c'est-à-dire véritablement scientifiques. Bacon ne sait guère où les placer et se contente
(1) Ibkl c. 4, 1. 1, p. 568-571.