‹ François BaconChapitre 56 sur 120 · I. — LA CLASSIFICATION DES SCIENCES · texte numérisé non relu

I. — LA CLASSIFICATION DES SCIENCES

moire, conservatrice des faits et des expériences antérieures, qui emmagasine dans ses histoires les matériaux de toutes sortes que mettront en œuvre les deux autres facultés. Au dessus, Timagination emprunte à Thistoire de quoi construire ses épopées, ses drames ou ses paraboles. Plus haut enfin la raison, se tenant rigoureusement à réeart de la théologie sacrée, tire de Thistoire les expériences de toutes sortes qui lui permettront de s'élever à la connaissance de Dieu, de découvrir les lois véritables de la nature et d'approfondir la science de Thomme. L'humanité apprendra ainsi à se servir des lois mêmes de la nature extérieure pour l'asservir, et des lois de sa propre nature non seulement pour atteindre individuellement à son plus haut développement intellectuel et moral, mais même pour asseoir la politique sur des fondements solides et assurer enfin sur le monde le règUQ de la justice.

Cette classification est le premier effort sérieux qu'on ait tenté pour ranger dans un ordre encyclopédique l'ensemble des connaissances humaines. Qu'on y découvre des lacunes et des défauts, c'est ce qui est trop évident, mais elle a aussi des qualités qu'il faut savoir reconnaître

et apprécier. D'abord elle est en parfaite concordance avec ridée que Bacon se fait de la méthode et de la science. Puisque toute science se tire de l'expérience et a pour but l'invention d'un art, il est juste de mettre à la base de la science la collection de toutes les expériences conservées par la mémoire, il est juste aussi de mettre toujours les sciences pratiques après les sciences spéculatives qui leur donnent naissance et leur fournissent leur aliment. Quand on a reproché à Bacon d'avoir rangé sous la domination de la seule mémoire toutes les sciences historiques qui cependant ne relèvent pas moins de la raison que les sciences physiques, on n'a peut-être pas bien compris sa pensée.

Pour lui l'histoire n'a de valeur que comme collection de faits et c'est comme telle qu'il la met sous la dépendance de la mémoire. Quand les diverses histoires des faits naturels cherchent et découvrent des lois, elles donnent naissance à l'histoire naturelle, à la physique et à la métaphysique, et l'histoire civile à la science du gouvernement. Or, ces trois dernières sciences relèvent de la raison.

Pour juger la classification de Bacon il faut se mettre à son point de vue, accepter sa méthode

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