IV. — l'œuvre scientifique de bacon
qui fait l'objet propre de la chimie et un des fondements de la physique, a otîcupé maintes fois Tesprit de Bacon, et il nous a laissé sur ce point une théorie bien arrêtée et bien définie. Tout corps se compose, nous l'avons vu, d'une matière et d'une forme. La théorie de la constitution des corps doit donc répondre à trois questions : 1« qu'est-ce-que la matière ? 2" qu'est-ce que la forme ? 30 comment la forme s'appliquet-elle à la matière ?
A la première question. Bacon répond d'abord d'une façon négative en rejetant la théorie des quatre'éléments des anciens (1). Il n'admet pas non plus avec les alchimistes et Paracelse que le sel, le soufre et le mercure soient les principes de tous les corps (2). Il n'approuve pas davantage la doctrine des atomes, et la traite de tout à fait fausse (3). Selon lui tout corps est un composé de deux substances, toutes les deux matérielles, mais dont l'une est visible, palpable et pondérable, l'autre impalpable, invisible et même impondérable à cause de sa ténuité. La pre-
(1) Redargut. philosoph. t. m, p. 575— Ilistor. tiens, et rar. t. II, p. 248.
(2) Hist. sulp. metteur, et ml, t. 11, p. 82.
<3) N. 0. II, 8, t. I, p. 23i ; ibid. i, 46, p, 178.
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mière, plus grossière, retient plus spécialement le nom de matière ; la deuxième est l'esprit (1). L'esprit est aériforme, il est sans cesse agité et ce sont ses agitations et ses mouvements qui sont la cause des principales propriétés des corps. C'est l'esprit qui, ayant des préférences ou des répugnances particulières pour tel ou tel corps, perçoit sa présence, s'attache à lui ou s'en éloigne (2). Ce sont ces expressions métaphoriques qui ont fait dire que Bacon avait eu l'idée des affinités chimiques. Il semble donc que Bacon ait cru que la substance matérielle est composée de quelque chose d'inerte et de quelque chose d'actif, de matière et de force, pour parler comme les modernes. Cette substance a des propriétés particulières ; dans le langage de Bacon, ces propriétés se nomment des natures.
Un corps est un assemblage de natures simples (3).
Ces natures expriment non l'essence même des choses, mais les choses dans leur relation avec l'homme (4), nous avons donc le droit de
(1) N. 0. II, 7, ib. p. 234 et passim.
(2) De Augm. 1. iv, c. 3, t. i, p. 611.
(3)iV. 0.11,5,24,1. I, p. 230,271.
(4) Ibid. 13, ib. p. 248.