IV. -— l'œuvre scientifique de bacon
les appeler les qualités ou propriétés des corps. Ces natures constituent encore ce que Bacon appelle les actes purs opérés individuellement par les corps (1). Cela veut dire que les propriétés ou natures sont individuelles^ singulières dans chaque corps singulier. Ainsi ce n'est pas la chaleur en générale qui se trouve dans un fer chauffé, mais tel ou tel degré de chaleur. Les corps n'étant autre chose qu'un assemblage de natures simples, et les natures se ramenant aux propriétés physiques, à la chaleur, au son, à la couleur, etc., il semble bien que Bacon ramène la chimie à la physique. C'est l'assemblage des natures qui constitue le latens schematismvs (2) caractéristique de tout objet corporel. Les corps ne sont donc pas constitués par une architecture d'atomes, mais par une architecture de propriétés. C'est ce que Bacon explique d'ailleurs lui-même dans deux pages sur le sel, le soufre et le mercure considérés comme principes des choses (3). La manière dont ces diverses propriétés s'unissent successivement les unes aux autres
(1) Ibid. 2, ib. p. 228.
(2)V. plus haut, p. 180.
(3) T. II, p. 82.
pour constituer le corps forme ce que Bacon appelle le procès caché (latens processus) ou la cause efficiente du corps.
Mais tout cela n'exprime que des apparences, des relations singulières d'un corps à Thomme et non des relations universelles de la chose avec l'univers. Il faut aller jusqu'à l'essence intime des choses (ipslssima res)(i). Cette essence intime est la forme. La forme est la cause de la nature, sa source d'émanation, aussi Bacon l'appelle-t-il la nature naturante (2). Ainsi la nature est l'apparence sensible de la forme, la forme la cause cachée et seule réelle de la nature. De là vient que dans plusieurs textes^ par une métonymie facile à comprendre, le mot formeest employé pour le mot nature et réciproquement. Si maintenant nous voulons aller plus avant dans la connaissance de la forme, Bacon nous dira que la forme de la lumière, par exemple, c'est ce qu'il y a de commun entre tous les corps lumineux (3), de même la forme de la chaleur est ce qu'il y a de comraun entre tous les corps
(1) N. 0. Il, 13, ib. p. 248.
(2)iV. 0. II, 1,4, îft. p. 227,230.
(3) De AxKjm. 1. iv, c. 3, ih. p. 612.