IV. — Xi'ŒUVRE SCIENTIFIQUE DE BACON
chauds. La nature était singulière, attachée tou-jours selon un degré précis à un corps singulier et déterminé, la forme est au contraire générale. Mais alors n'est-ce pas une pure abstraction, semblable à celles dont Bacon a si . vivement reproché Tusage à ses devanciers? A cela il répond qu'en effet la forme est une pure fiction de l'esprit si l'on veut en faire l'idée générale d'une classe d'êtres quelconque, mais que pour lui il ne voit en elle que la loi même de l'acte (1). Cela veut dire que la forme exprime la loi générale selon laquelle se manifeste constamment la nature en question, dans tous les corps individuels. Ainsi la forme n'est pas rêvée par l'esprit, ellç est observée, dégagée des expériences, et d'autres expériences peuvent encore manifester son existence dans des natures individuelles. Elle fait donc partie des choses ellesmêmes et participe à leur réalité (2). Bacon admet donc que les idées générales d'êtres sont fictives, tandis qu'au contraire les idéos générales de relations entre des qualités ont une véritable réalité. Par là il semble bien avoir donné à l'idée
(1) N. 0. 1, 51, II, 2, 17 ; ib. p. 188, 228, 257, (iL)[bid, II, 17, i6. p. 257.
de forme le même sens que la science moderne attribue à Tidée de loi, et ce n'est pas un de ses moindres mérites.
Ainsi tout les corps de la nature sont constitués par un assemblage de formes, les formes sont donc les vraies différences des choses (1) ; en énumérant les natures on énonce la définition apparente du corps, en énumérant les formes, on énonce sa définition réelle.
Si Ton objectait à Bacon que les formes étant en très petit nombre ne pouvaient expliquer la multiplicité innombrable des objets individuels, il répondait, par une comparaison empruntée au Philèhe, que les vingt quatre lettres de l'alphabet, malgré leur petit nombre, formaient cependant une quantité infinie de mots (2).
Gomment maintenant se forme le schématisme latent, l'assemblage des diverses formes dont l'ensemble doit constituer la réalité du corps ? Par un mouvement caché (latens processus) grâce auquel les formes se fixent sur la matière, se combinent les unes avec les autres et constituent un corps individuel. Ce mouvement caché
(1) N. 0. h 75; II, 1, ib. p. 184, 227.
(2) N. 0. 1, 121, ib. p. 215.