IV. — l'œuvre scientifique de bacon
est la cause efficiente du corps, le véhicule de la forme (1), il est donc important de le connaître, si Ton veut arriver au but de la science, c'està-dire à introduire une nature quelconque sur une matière quelconque (2). Car, de même qu'avec les mêmes lettres différemment disposées on peut former plusieurs mots, de même les mêmes formes différemment ordonnées peuvent donner naissance à des corps différents ; il faut donc savoir non seulement quelles sont les formes constitutives des corps, mais encore connaître l'ordre dans lequel elles s'unissent successivement pour former tel ou tel corps.
Bacon attribue à la physique la connaissance de cet ordre caché, comme celle de la matière, et il réserve à la métaphysique l'étude et la détermination des formes. Il lui semble que la physique peut lui apprendre à produire une nature donnée dans quelques corps déterminés, tandis que la métaphysique seule peut découvrir comment une nature quelconque peut être introduite dans un corps quelconque. Seule, en effet, la connaissance des formes arrivant àlagénéra-
(1) N. 0. I, 121 ; iO, 13, ib. p. 215, 248.
^(2j Ibid. II, 1, ib. p. 227.
lité véritable, peut donner à l'esprit la liberté dont il a besoin. Seule aussi elle garantit Tinfaillibililé du procédé. La connaissance de la production des natures dans quelques corps ne peut fournir matière qu'à des inventions empiriques et par conséquent limitées, à ce que Bacon appelle la mécanique ; Tart qui résulte de la connaissance des formes mérite au contraire le nom de magie. C'est lui qui est le véritable but de la science, qui élève au plus haut point la puissance de l'homme et son empire sur l'univers (1).
Toute cette théorie est remarquable, mais il est difficile de ne pas être frappé de ce qu'elle offre à la fois de surabondant et d'incomplet. Adoptant la théorie des quatre causes, Bacon a cru devoir faire une théorie de la matière. Mais cette matière ne joue ensuite aucun rôle; le corps étant défini un assemblage de natures, la matière ne peut èlre que le support à la fois Imaginatif et imaginaire de ces natures. Aussi après avoir posé la matière et les esprits du corps à la base de sa théorie, Bacon ne sait plus qu'en faire et n'en parle plus dès qu'il est question des natures et
(1) De Aufjm. 1, m, c. 5, 1. 1, ji. 571. ib. c. 4, p. 550, etc.