‹ François BaconChapitre 69 sur 120 · IV. — l'œuvre scientifique de bacon · texte numérisé non relu

IV. — l'œuvre scientifique de bacon

des formes. D'un autre côté, comment nVt-il pas vu que ce qu'il appelle le procès latent, c'est-à-dire l'ordre dans lequel les formes s'unissent successivement pour constituer un corps, ne peut pas se séparer du schématisme latent? Dans les deux cas il y a une loi générale, seulement, dans le premier c'est une loi du devenir constitutif, dans le second, une loi de l'être constitué, mais dans l'un et l'autre il y a un ordre général, et par conséquent une loi, une forme, pour parler le langage de Bacon. Cette forme avait été expressément reconnue et nommée par Aristote et ses successeurs, c'est la loi selon laquelle l'être se constitue et subsiste, c'est la forme substantielle. Cette forme ressortit à la même science qui s'occupe des autres, elle ne leur est pas inférieure, elle leur serait plutôt supérieure. Car ce qui nous intéresse, c'est ce qui existe; or, les autres formes n'existent pas isolées, elles n'existent que dans les êtres et c'est la forme substantielle, l'ordre dans lequel évolue le procès latent pour former le schématisme latent qui constitue l'être véritable. Si Bacon avait poussé jusque-là il n'aurait pu refuser à Aristote et aux scolastiques la justice qu'il ne leur a pas rendue. Il aurait peut-être alors mieux

compris ce qu'il y a de positif et de fondé en réalité dans la métaphysique de l'École, il n*eût pas relégué dans la physique ce qui est le plus essentiel et le plus important et il n'aurait pas abaissé sa métaphysique à n'être qu'une physique très élevée.

Ainsi Bacon ramène la chimie à la physique ; ce sont les natures et les formes qui sont les vrais éléments des corps {veras coi^orum particulas) (1). Parmi ces natures la plus commune, celle qui est partout répandue, est le mouvement. Bacon n'admet pas l'inertie passive de la matière, mais il lui attribue une sorte d'horreur active pour le mouvement (2). Les corps sont sans cesse en mouvement pour remplir les vides qui se produiraient si quelques-uns restaient en repos tandis que les autres continueraient à se mouvoir (3). La nature ahorreur du vide et la matière se précipite pour le remplir. Les corps sont compressibles et c'est à Bacon que l'on doit la première expérience qui démontre la compressibilité des liquides (4). La matière est cepen-

{\)N. 0. ii,'8, f6. p. 234.

(2) De Augm. 1. m, c. 4, 1. 1, p. 561.

Ç^) Phœnom. universi, t. m, p. 704.

(4) N. 0. 11,45, 1. 1, p. 324 L'académie de/ Ctmen^o ne fit son

. IV. — l'œuvre scientifique de bacon 273

' ■' II.. ■ t

dant impénétrable en elle-même et possède l'antitypie, ou propriété qu'a tout corps d'exclure un autre corps de l'espace qu'il occupe.

Bacon ignore, nous l'avons dit, «les belles découvertes de Galilée sur la pesanteur. Il croit, comme les anciens, que les choses pesantes tombent vers le centre de la terre et que les choses légères s'en éloignent. Il a cependant appris de Gilbert que la pesanteur pourrait bien avoir pour cause une sorte d'attraction exercée sur les corps pesants par le pentre de la terre et il imagine, pour vérifier cette hypothèse , une des plus ingénieuses de ses instances cruciales (1) que nous avons déjà rappelée.

Ses recherches sur la chaleur sont célèbres et il est remarquable que le résultat auquel il aboutit est en somme celui-là même auquel est arrivée la physique contemporaine. C'est assurément la partie de la physique sur laquelle il est le mieux informé, celle sur laquelle il a recueilli le plus d'observations, dont il s'est le plus occupé. Il décrit le thermomètre à air, sans nom-

expérience qu'en 1661, et on sait qu'elle concluait dTi suintement extérieur de Teau à Tincompressibilité des liquides, (1) iV 0. IT, 36, t. I, p. 299.

mer toutefois son inventeur (1), et il ne laisse pas que de relater des expériences ingénieuses.

II a eu aussi des vues profondes sur la couleur et le son ; le son est engendré d'après lui par des chocs, et la durée est moins une continuité qu'une rénovation (2); cette idée est toute voisine de la théorie des ondulations. Il a aussi reconnu que les diverses couleurs devaient provenir des changements que fait subira la lumière la surface de l'objet coloré (3).

Nous avons déjà dit que Bacon avait publié de son vivant un ouvrage sur les vents (4). On n'y peut remarquer que son érudition et sa curiosité qui s'attache à tous les sujets. Faute de connaître !a pesanteur de l'air, i! ne peut donner d'explication satisfaisante de ces phénomènes. Il en est de même du phénomène des marées qui a beaucoup préoccupé Bacon ainsi que tous ses contemporains (5). II sait bien que les marées s'accordent avec le cours de la lune, mais il ne

(IJGalilfc a construit un IhemiomtlPC entre {i)Hiil.soni.t.m. p. filfâ.

(3] JV. 0. IT, 33, |>. 270.

(i) Uistoria ventorum, 1. ii, p. l'J-T'J.

(r.) Ile fluxii et repinu maris, l. m, |>. i:-G5. - 3fi, i.i. p. *J-I.

Page 1