I. — DE VARIA VERULAMII FORTUNA
solutions. Les deux opinions, celle de Liebig et celle de Kuno Fischer, peuvent d'ailleurs se concilier. Bacon peut fort bien avoir été incompétent en matière scientifique, n'avoir rien entendu aux méthodes des sciences positives et avoir en même temps fourni au naturalisme moderne sa base et son point de départ. Mais on ne peut s'empêcher de remarquer que ces deux propositions sont celles-là mêmes que J. de Maistre se proposait d'établir dans l'ouvrage qui lui a valu cependant, même de la part de ceux qui étaient de son avis, quelques critiques motivées, beaucoup d'injures et fort peu de compliments. Et enfin, à la suite du concours dont Bacon a été récemment l'objet devant l'Académie des sciences morales, nous savons par le rapport de M. Barthélémy Saint-Hilaire (1) que tous les concurrents, à l'exception d'iin seul, faisaient de sérieuses réserves surla valeur scientifique et philosophique de l'œuvre de Bacon. Le savant rapporteur lui-même ne craignait pas de dire qu'il ne voyait en Bacon qu'un héraut de la science nouvelle, et que de toutes ses théories logiques, scientifiques et philosophiques en définitive il
(1) Séances et travaux de VAc. dés Se. mor. mai, juin, 1890.
330 III. — l'influence de bacon
ne restait rien (1). Le lauréat du concours, M. Adam, s'est montré moins sévère. S'il goûte peu la philosophie de Bacon, il juge que a les savants ont eu raison de lui témoigner de la reconnaissance. Bacon a vu nettement deux choses : que tout le travail de la science était d'interpréter d'abord la nature, et toute son œuvre ensuite (J'assurer à l'homme l'empire sur elle la (2). Cependant, M. Adam ne peut s'empêcher de reconnaître que Bacon a plus fait par son éloquence pour exciter les hommes à entrer dans cette voie, qu'il ne les y a guidés par ses découvertes, ce qui ne laisse pas d'être assez voisin des idées exprimées par M. Barthélémy Saint-Hilaire.
Et M. Brochard enfin, tout en s'élevant avec force contre les réserves de M. Barthélémy Saint- Hilaire, reconnaît dans un article sur le livre de M. Adam (3) que « on pourrait retrancher Bacon de l'histoire de la science sans que rien d'inportant y fût changé », mais il assure que l'œuvre de Bacon a été de très grande importance en
(1) Bacon, in-18. Alcan, 1890.
(2) Philosophie de François Bacon, in-8oAlean, 1890, p. 423.
(3) La Philosophie de Bacon. — Revue philosophique, avril 1891.