II. — l'influence scientifique
certaines théories que la science a plus tard reprises et achevées dans la même direction, par exemple, celles de la chaleur et du son. Sa théorie de la <5haleur-mouvement reprise par Boyle, développée par Newton j a enfin abouti à notre théorie dynamique contemporaine (1). De même sa théorie du son a été le point de départ de Tacoustique moderne (2). Quant à ses autres théories elles sont restées nulles et non avenues pour la science, jusqu'au moment où des savants de profession ont été amenés par une suite de pensées tout à fait indépendantes des idées de Bacon à les retrouver et à leur donner la véritable vie scie^ntifique. S'il faut en croire l'évolutionnisme, un grand nombre d'individus, animaux ou végétaux, viennent à l'existence sans pouvoir se reproduire; plus tard, dans d'autres circonstances, des individus tout semblables peuvent au contraire faire souche et se propager. Nous ne disons pas que les idées de Bacon ne pouvaient
(1) V. HoEPER, 7/" rfg la physique et de la chimie y c. n, 1 vol. in-18. Paris, 1872, p. 105-108.
(2) V. G. Hersghell, Disc, sur la philosophie naturelle — trad. fr. p. 255. Whewhell, History of the indnctive sciences, 1. VII, c. 2, 3 vol. in- 8», Londres, 184^7 —t. m, p. 392.
Bacon. — 22.
338 III. — l'influence de bacon
pas être fécondes, nous constatons seulement que la plupart d'entre elles ne l'ont pas été. Ainsi un certain nombre d'idées vraies contenues dans les œuvres de Bacon sont restées infécondes parce qu'elles n'ont pas pénétré dans le mouvement et comme dans l'atmosphère de la science positive. Elles sont restées des vues de philosophe, avirgines Deo sacratœ, quaRnihil parluni ». Aussi bien ce point paraît-il admis. La plupart des recherches positives de Bacon se sont faites à côté et en dehors de l'évolution scientifique.
Mais la méthode expérimentale qu'il a enseignée et dont il a signalé l'importance a dû au moins favoriser le développement de la science expérimentale. Ici il faut distinguer entre les préceptes détaillés formulés par Bacon et le mouvement général qu'il a voulu imprimer. L'éloquence de ses écrits a dû certainement contribuer à détacher beaucoup d'esprits de la physique finaliste et a priori^ exciter des chercheurs et susciter des vocations. C'est ce que nous avons déjà constaté. Bacon a raison de s'appeler lui-même un héraut ; les appels de sa trompette ont dû réveiller des torpeurs et provoquer des élans. Mais il ne faut pas oublier que le mouvement